Cinéma

The Conference : un thriller en entreprise qui ne brille pas

Martin Cid
Ajoutez-nous sur Google

The Conference s’ouvre sur un contraste saisissant : des employés du secteur public participent à un exercice brise-glace censé les amuser, quand leur rire s’éteint brusquement à la vue du sang qui s’écoule sous une porte. Cette scène donne le ton de la comédie horrifique suédoise de Patrik Eklund, qui tente de mêler satire du monde du travail et codes du slasher. Le résultat oscille entre commentaire social incisif et figures de genre convenues, dans un équilibre tonal particulièrement précaire.

Eklund, connu pour son travail sur des séries télévisées dramatiques, coécrit le scénario avec Thomas Moldestad, qui adapte le roman de Mats Strandberg. The Conference suit une équipe d’employés municipaux — Jonas (Adam Lundgren), chef de projet anxieux ; Lina (Katia Winter), représentante pragmatique des ressources humaines ; et leurs collègues Eva (Eva Melander), Nadja (Bahar Pars), Amir (Amed Bozan), Ingela (Maria Sid), Kaj (Christoffer Nordenrot) et Torbjörn (Claes Hartelius) — réunis dans un village de vacances isolé pour un séminaire de cohésion d’équipe. Ce qui commence par une succession de chutes de confiance embarrassantes et de conversations forcées tourne vite à la lutte pour la survie lorsqu’un tueur masqué se met à les éliminer un à un.

YouTube video

Le point de départ du film est indéniablement séduisant : il offre un cadre original au récit de slasher, tout en laissant une large place à la critique sociale. Le monde du travail dans le secteur public, avec ses lourdeurs bureaucratiques et ses tensions interpersonnelles, constitue un riche terrain pour l’horreur comme pour la comédie. Eklund et Moldestad jouent à fond la carte de l’absurde, faisant des exercices de cohésion une métaphore de l’inanité d’une camaraderie imposée dans un environnement où la confiance fait défaut.

Les interprétations sont inégales. Jonas, le personnage de Lundgren, constitue le cœur émotionnel du film : son anxiété est palpable tandis qu’il s’efforce de garder la maîtrise du séminaire et de ses nerfs qui lâchent peu à peu. Lina, incarnée par Winter, lui oppose un contrepoint convaincant ; son pragmatisme sans détour ancre les éléments les plus extravagants de l’intrigue. Melander se distingue tout particulièrement dans le rôle d’Eva, avec des répliques sèches et impassibles qui tranchent dans la tension par leur esprit acéré. En revanche, certains seconds rôles — notamment ceux de Pars et de Bozan — pâtissent d’une caractérisation insuffisante : leurs trajectoires se réduisent à de simples ressorts narratifs au lieu de faire exister des personnages pleinement construits.

La mise en scène d’Eklund est maîtrisée, sans être remarquable. Le réalisateur fait preuve d’un solide sens du rythme et du suspense, en particulier dans les premières séquences, où la tension monte efficacement grâce à des scènes de sursaut bien orchestrées et à une inquiétude sourde qui s’installe peu à peu. Son style visuel manque toutefois largement d’inspiration et s’appuie sur les recettes familières du slasher — couloirs obscurs, lumières vacillantes et brusques accès de violence — pour installer l’atmosphère. La photographie remplit son office, mais n’a pas le relief singulier qui aurait pu distinguer le film de ses semblables.

C’est dans son incapacité à s’engager pleinement dans l’un ou l’autre genre que The Conference échoue véritablement. Les éléments horrifiques sont dérivatifs et recyclent des codes familiers sans rien apporter de neuf ni d’innovant. La comédie, de son côté, paraît souvent forcée et déplacée ; elle s’appuie trop lourdement sur des stéréotypes grossiers et un humour gênant qui ne fait pas mouche comme les moments de tension, eux, parviennent à le faire. Cette incohérence de ton apparaît peut-être le plus clairement dans le dénouement : le film tente d’offrir un retournement final qui semble davantage confus qu’ingénieux, compromettant toute émotion et toute cohérence narrative.

Les thèmes du dysfonctionnement au travail et des tensions entre collègues sont indéniablement pertinents, notamment à une époque où le télétravail et les échanges numériques ont transformé la nature de la collaboration professionnelle. Pourtant, The Conference peine à les inscrire dans un récit cohérent et préfère enchaîner des morceaux de bravoure décousus, sans parvenir à les mener vers une conclusion porteuse de sens. La critique sociale du film reste au mieux superficielle : elle se réduit à quelques bons mots et plaisanteries passagères qui n’explorent guère les implications plus profondes de son point de départ.

Du point de vue du genre, The Conference occupe une position intermédiaire singulière entre horreur et comédie, qui risque de laisser certains spectateurs sur leur faim. Les amateurs de slashers trouveront sans doute les scènes de peur trop prévisibles et les mises à mort trop génériques, tandis que ceux qui espèrent une satire incisive du monde du travail pourraient être déçus par le recours à des recettes éculées et à un humour appuyé. Les meilleurs moments du film surviennent lorsqu’il mise sur la dynamique de groupe, et notamment sur la relation électrique entre Lundgren et Winter, dont les échanges crépitent de tension et d’esprit.

Au bout du compte, The Conference voudrait avoir le beurre et l’argent du beurre : le film tente de mêler les genres sans s’engager pleinement dans aucun. Malgré quelques interprétations solides et un point de départ au potentiel indéniable, l’exécution ne convainc pas. Il en reste un film qui ne paraît ni très neuf ni particulièrement mémorable.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

Étiquettes: , , , , ,

Ajoutez-nous sur Google

Discussion

Il y a 0 commentaire.