Cinéma

Snack Shack : l’amitié adolescente saisie dans la magie authentique de l’été

Anna Green
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Le premier plan de Snack Shack (2024) s’attarde sur une paire de baskets boueuses qui se balancent au bord d’une piscine municipale, leurs pieds battant distraitement l’eau. Cette image résume la tension centrale du film : l’énergie fébrile de garçons adolescents au seuil de l’âge adulte, toujours à deux doigts de perdre l’équilibre au moindre faux pas.

Cette comédie initiatique d’Adam Rehmeier nous entraîne avec nostalgie dans l’été 1991, aux côtés d’A.J. (Conor Sherry) et Moose (Gabriel LaBelle), deux amis inséparables qui se frayent un chemin dans les eaux aussi grisantes que périlleuses des premiers émois amoureux et des débuts dans l’entrepreneuriat. La force du film tient à son portrait juste de l’amitié entre garçons adolescents, une dynamique souvent reléguée au second plan au profit de récits plus dramatiques ou romantiques. Puisant dans ses propres souvenirs d’enfance, Rehmeier façonne un univers qui semble vécu et singulier, des néons qui illuminent la piscine la nuit aux surfaces poisseuses et brûlées de soleil du snack lui-même.

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Sherry et LaBelle sont excellents dans les rôles du duo-titre, avec une alchimie électrique aussi bien dans les scènes comiques que dramatiques. Le moment où Moose ment au sujet de sa rencontre avec Brooke (Mika Abdalla) est particulièrement marquant : LaBelle y révèle son talent pour faire sentir à la fois la vulnérabilité et l’agressivité. Ce choix d’interprétation est essentiel, car il place A.J. face à un dilemme moral qui met leur amitié à l’épreuve. Sherry brille lui aussi dans ces instants de tourmente émotionnelle ; ses yeux écarquillés par la trahison et le chagrin sonnent douloureusement juste.

Abdalla livre une interprétation d’une décontraction irrésistible, mais profondément humaine, qui fait de Brooke bien davantage qu’une simple « manic pixie dream girl ». Son évolution est finement écrite et dévoile une personnalité complexe sous son apparente froideur. La scène où elle photographie A.J. tandis qu’il tond la pelouse de ses parents, par exemple, est un moment discret mais puissant, qui laisse entrevoir sa fascination pour la capture de ces instants d’authenticité éphémères.

Les seconds rôles de Nick Robinson, en Shane plus sage que son âge ne le laisserait croire, et de David Costabile, en Judge, étoffent l’ensemble. Dans la peau de Shane, vétéran de l’armée de retour de la guerre du Golfe, Robinson apporte au film un ancrage bienvenu. Ses scènes avec Sherry comptent parmi les plus poignantes : il offre à A.J. les conseils et le recul dont celui-ci a tant besoin.

Snack Shack n’est toutefois pas exempt de faux pas. Le rythme s’essouffle dans le troisième acte, qui expédie des moments forts en émotion auxquels il aurait fallu laisser davantage le temps de respirer. Le conflit avec Randy et Rodney Carmichael (Michael Bonini et Christian James), deux frères catcheurs dépendants aux stéroïdes, manque de développement et tient davantage du ressort scénaristique que d’une véritable menace. Leur présence apporte certes une touche de comédie physique, mais leur manque d’épaisseur rend l’affrontement final décevant.

Par ailleurs, certaines blagues tombent à plat et reposent trop sur le comique burlesque, au détriment de l’humour mordant, porté par les personnages, qui rend les scènes plus intimistes si convaincantes. La scène où A.J. et Moose parient sur des courses de chiens, par exemple, aurait pu donner lieu à une exploration hilarante de leur naïveté ; elle paraît plutôt forcée et déplacée.

La mise en scène de Rehmeier est dans l’ensemble maîtrisée, avec un vrai sens du récit visuel. La lumière naturelle et les couleurs éclatantes plongent le spectateur dans l’été, tandis que les mouvements de caméra dynamiques restituent l’énergie chaotique de la vie adolescente. Certaines scènes semblent toutefois trop stylisées et détournent l’attention du cœur émotionnel du récit. La fête organisée dans un cinéma désert, par exemple, est visuellement saisissante, mais elle manque de tension et d’enjeux pour marquer durablement les esprits.

Snack Shack est un film qui joue cartes sur table et ne cache pas ses émotions : un récit initiatique où humour et drame s’équilibrent avec une sincérité véritable. C’est une lettre d’amour aux étés de notre jeunesse, peuplés de premiers baisers, de décisions irréfléchies et de cette douce-amère prise de conscience : rien ne dure éternellement. Ses thèmes — l’amitié, l’amour et le temps qui passe — sont universels ; le film parlera à tous ceux qui ont connu le parcours tumultueux de l’adolescence vers l’âge adulte.

On peut rapprocher le film d’œuvres comme Stand By Me (1986) et Superbad (2007), qui explorent elles aussi les complexités de l’amitié masculine et les épreuves du passage à l’âge adulte. Snack Shack se forge cependant une place à part en s’intéressant à la vie dans les petites villes, trop souvent laissée de côté, et aux défis singuliers qu’elle comporte. Le film trouvera un écho particulier chez les spectateurs qui ont connu le désespoir feutré de garçons adolescents cherchant à faire leurs preuves dans un monde qui les considère souvent comme de simples enfants.

En définitive, Snack Shack explore avec tendresse et humour l’amitié, l’amour et le temps qui passe. Malgré un rythme et un humour parfois inégaux, son portrait authentique de l’adolescence et les solides prestations de ses acteurs principaux en font un film qui vaut le détour.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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