Cinéma

Sanctuary : une lutte de pouvoir sous haute tension, portée par des performances électrisantes

Martin Cid
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Le gros plan s’attarde : Rebecca, coiffée d’une perruque blonde (Margaret Qualley), mord l’épaule nue de Margaret Qualley, un sourire aux lèvres. Cette scène résume à elle seule le jeu de séduction et de domination, aussi enivrant qu’instable, de Sanctuary, le huis clos à suspense de Zachary Wigon, qui enferme ses deux protagonistes dans une lutte de pouvoir aux enjeux considérables.

De quoi s’agit-il ? Qualley incarne Rebecca Marin, une dominatrice qui a façonné son riche client Hal Porterfield (Christopher Abbott) pour en faire un homme d’affaires impitoyable. Leur relation se joue presque entièrement entre les murs d’une chambre d’hôtel, où Hal tente de mettre fin à leur relation professionnelle. Le point de départ du film — deux personnes prises dans un affrontement verbal et psychologique — pourrait facilement finir par s’essouffler, mais la mise en scène resserrée de Wigon et l’alchimie électrique entre Qualley et Abbott maintiennent la tension à vif.

Ce qui fonctionne : Qualley et Abbott sont sans conteste les principaux atouts du film, sorti en 2023. Leurs interprétations, nuancées et riches en strates, donnent chacune à leur rôle une intensité différente. Rebecca, sous les traits de Qualley, est froide et calculatrice ; chacun de ses gestes est mûrement réfléchi. Elle a fait de la maîtrise un art, et se sert de son esprit et de son charme pour manipuler son entourage. Hal, lui, est une boule de nerfs, dont le désespoir est palpable. Il cherche à rompre les chaînes qui l’entravent, sans savoir vraiment comment s’y prendre.

Le scénario leur donne amplement matière à jouer, avec des dialogues acérés qui crépitent de tension. Les échanges entre Rebecca et Hal sont un véritable modèle de joute verbale : chaque réplique est chargée de sous-entendus et de doubles sens. La qualité de l’écriture se mesure aussi au fait que, même lorsqu’ils sont simplement assis face à face, l’air semble saturé de pensées inexprimées et de conflits irrésolus.

Le film aborde également avec intérêt des thèmes comme le contrôle et la confiance. Sous la dynamique de domination et de soumission qui affleure, Sanctuary creuse des questions plus profondes sur les rapports de pouvoir au sein des relations et sur les limites que chacun est prêt à franchir pour préserver son autonomie. Le décor unique oblige le public à se concentrer sur le jeu des acteurs et les dialogues, donnant à chaque parole et à chaque geste un poids particulier.

La mise en scène de Wigon mérite elle aussi d’être soulignée. Il tire parti de l’espace confiné de la chambre d’hôtel pour créer un sentiment de claustrophobie qui fait écho à la tension psychologique entre les personnages. La caméra se fait intime et s’attarde souvent en gros plan sur les visages des acteurs, tandis qu’ils réagissent aux paroles de l’autre. Ce choix intensifie les enjeux émotionnels, rapproche le public de la scène et lui donne l’impression de prendre part à la conversation.

Ce qui fonctionne moins : si le point de départ du film est prenant, celui-ci donne parfois l’impression de faire du surplace. Le rythme s’alourdit par moments, notamment dans le deuxième acte, lorsque les échanges entre Rebecca et Hal commencent à se répéter. Certains rebondissements paraissent également assez prévisibles, ce qui affaiblit la tension que le film s’est tant appliqué à construire.

Par ailleurs, malgré la qualité des interprétations, les personnages eux-mêmes semblent parfois manquer de profondeur, Hal en particulier. Ses motivations ne sont pas toujours claires, et ses actes paraissent parfois incompatibles avec le personnage qui nous a été présenté. C’est regrettable, car la performance d’Abbott mériterait un rôle plus pleinement développé, à la hauteur de ce qu’il peut lui apporter.

Le film peine aussi à trouver le ton juste. Il prend parfois les allures d’un thriller psychologique, avant de basculer vers des territoires plus sombres, au point qu’il devient difficile de cerner le genre auquel il cherche à appartenir. Ce changement de registre se remarque surtout dans le troisième acte, où les enjeux montent soudainement d’un cran, d’une manière quelque peu abrupte.

Verdict : Sanctuary est un film prenant, grâce en grande partie aux remarquables performances de Qualley et Abbott. Il pose des questions ambitieuses sur le pouvoir et le contrôle, même s’il n’apporte pas toujours de réponses satisfaisantes. La mise en scène est maîtrisée, les dialogues incisifs et l’exploration des thèmes stimulante. Toutefois, les problèmes de rythme et les changements de ton l’empêchent d’atteindre les sommets auxquels il aspire tant.

Le film devrait surtout trouver un écho auprès des amateurs de thrillers psychologiques et de drames portés par leurs personnages, en particulier chez celles et ceux qui aiment explorer la complexité des rapports de pouvoir au sein des relations.

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