Cinéma

Rest in Peace : la déchéance morale d’un homme désespéré

Veronica Loop
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Les rues détrempées de Buenos Aires offrent un décor idéal à Rest in Peace, le drame de Sebastián Borensztein, qui plonge sans détour dans le bourbier moral d’un homme prêt à simuler sa propre mort pour échapper à la ruine financière. Le film s’ouvre sur Sergio Dayan, interprété par Joaquín Furriel : criblé de dettes, ce père de famille observe les siens de loin. Une scène qui donne le ton de tout le récit, celui du désespoir, de la tromperie et des conséquences obsédantes de nos choix.

Rest in Peace repose sur un point de départ qui semble à la fois ancré dans son époque et intemporel. Sergio, noyé sous les dettes, se retrouve dans une situation imprévue qui lui offre l’occasion de disparaître et de vivre en marge de la société sous une fausse identité. La première moitié du film est la plus réussie : Borensztein y façonne une atmosphère tendue et pleine de suspense, qui tient le spectateur en haleine. Le soin apporté aux préparatifs minutieux de la disparition de Sergio porte ses fruits et fait planer une menace imminente, aussi palpable que captivante.

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La prestation de Furriel est au cœur du film. Avec une remarquable subtilité, il saisit le tourment et la détermination d’un homme acculé. Son interprétation de Sergio donne à voir un être gagné par le désespoir, confronté aux dilemmes moraux que soulève sa décision d’abandonner sa famille. Griselda Siciliani, qui incarne Estela Dayan, l’épouse de Sergio, livre une performance bouleversante qui ancre le film dans une réalité émotionnelle forte. Ses scènes sont traversées par des sentiments à vif, de la confusion au chagrin, jusqu’à de discrets moments de force. Les seconds rôles, parmi lesquels Gabriel Goity dans celui de Hugo Brenner et Lali González dans celui d’Ilu, sont également convaincants et donnent de l’épaisseur au récit.

La bande originale est un autre point fort, souvent salué par la critique pour sa capacité à intensifier les moments dramatiques. La musique amplifie la charge émotionnelle du récit et installe une atmosphère à la fois mélancolique et tendue. Elle rappelle combien le son peut contribuer à la narration : chaque note participe à l’ambiance générale et au rythme du film.

Mais Rest in Peace perd pied dans sa seconde moitié. La construction resserrée et le suspense de la première partie s’effacent au profit d’un rythme plus lent et contemplatif, qui ne sert pas toujours le récit. L’intrigue s’égare quelque peu tandis que Sergio prend ses marques dans sa nouvelle vie et que renaît la tentation de renouer avec sa famille. Le film explore des thèmes stimulants — l’identité, le sacrifice et les conséquences de nos actes —, mais leur équilibre paraît parfois inégal.

L’ambiguïté morale des choix de Sergio est prenante, mais le dénouement n’a pas la même puissance émotionnelle que la montée en tension qui le précède. Certains personnages secondaires, malgré des interprétations solides, ne sont pas assez développés pour susciter pleinement l’intérêt du spectateur. C’est dommage, car la première moitié du film fait naître de grandes attentes. La tension et le suspense si habilement installés au départ ne se maintiennent pas, et l’on aboutit à une fin quelque peu décevante.

Rest in Peace pose des questions difficiles sur la famille, les responsabilités et les sacrifices auxquels on peut consentir pour prendre un nouveau départ. Ce drame vous accompagne bien après le générique, même si ce n’est pas toujours pour les bonnes raisons. Il doit ses principales qualités à ses interprètes, en particulier Furriel et Siciliani, ainsi qu’à une première moitié prenante. La seconde peine toutefois à conserver le même degré d’intensité et de cohérence.

La mise en scène de Borensztein est solide, mais il lui manque une vision singulière qui aurait pu porter le film encore plus haut. Les problèmes de rythme et les irrégularités de la narration se remarquent, sans pour autant effacer l’impact général de l’œuvre. Rest in Peace saura toucher les amateurs de drames à combustion lente, nourris de dilemmes moraux complexes. Ce n’est pas un film pour qui cherche des sensations immédiates ou un récit sans détours, mais plutôt pour celles et ceux qui apprécient une réflexion sur la nature humaine et les conséquences de nos actes.

Comparé à d’autres films du même genre, Rest in Peace tire son épingle du jeu. Sans atteindre les sommets d’un film comme Parasite, qui mêle avec brio suspense, drame et regard social, il trouve sa place grâce au portrait intimiste du combat d’un homme et aux répercussions de ses choix.

Au bout du compte, Rest in Peace laisse matière à réflexion bien après le générique. Ce drame explore les complexités de la nature humaine à travers une narration tout en nuances.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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