Cinéma

Paint : un mélange brouillon de fantaisie et de malaise

Martin Cid
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Le premier plan de « Paint » s’attarde sur Carl Nargle, le personnage d’Owen Wilson, dont la permanente trône de façon précaire au sommet du crâne, telle une couronne de sottise. Une entrée en matière qui donne le ton de cette comédie dramatique, laquelle voudrait se présenter comme une exploration fantaisiste de l’art et de l’amour, mais finit par brouiller les pistes avec des tonalités inégales.

Le film de Brit McAdams suit Carl, le peintre vedette de la télévision publique du Vermont, dont l’univers s’effondre lorsque la chaîne engage Ambrosia (Ciara Renée), une artiste plus jeune et plus douée. Le point de départ se prête parfaitement à la satire — affrontement d’ego et de générations dans le monde de l’art —, mais « Paint » peine à trouver son équilibre. Owen Wilson livre une performance qui oscille entre charme bon enfant et malaise franc, notamment dans la scène où la vanité de Carl est mise à nu lors d’une collecte de fonds embarrassante. Sa descente dans la dépression après avoir été supplanté par Ambrosia est traitée avec lourdeur, sans la subtilité nécessaire pour rendre sa rédemption crédible.

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Ce qui fonctionne le mieux dans « Paint », ce sont les moments de vraie chaleur entre Wilson et Michaela Watkins, qui incarne Katherine, une femme qui a passé sa vie à attendre l’approbation de Carl. Leur scène d’aveux, sur fond de grange en flammes, compte parmi les rares moments véritablement émouvants du film. Les seconds rôles, et tout particulièrement Wendi McLendon-Covey dans celui de Wendy, apportent une touche de légèreté grâce à leurs dialogues fantaisistes sur l’art et la vie.

Le rythme constitue toutefois un problème majeur. Après treize ans de gestation, « Paint » donne l’impression de s’étirer à l’excès, et des intrigues secondaires comme le poste d’enseignant de Carl dans un établissement universitaire voisin apportent peu au récit. L’humour tombe souvent à plat et repose davantage sur la répétition de gags que sur des répliques acérées. En tentant de mêler comédie et drame, le film se retrouve avec un ton brouillé qui ne s’engage jamais pleinement dans l’un ou l’autre genre.

La direction artistique se distingue par ses couleurs vives, qui font écho au thème de la création. La photographie, en revanche, paraît souvent figée et ne saisit pas les occasions de donner davantage de dynamisme visuel au récit.

« Paint » cherche à toucher le cœur et à explorer des questions profondes : ce qui compte le plus dans la vie et ce qui fait un artiste. Mais le film est freiné par ses propres ambitions et ne parvient à être ni une comédie mordante ni un drame prenant.

L’accueil du film a été contrasté, les critiques pointant notamment son ton inégal et ses problèmes de rythme. Sur Rotten Tomatoes, seuls 32 % des avis sont positifs, et le consensus parle d’« une expérience d’une sécheresse douloureuse ». Le public semble toutefois plus indulgent, avec un score de 83 % d’avis favorables sur PostTrak.

« Paint » occupe une position singulière : le film tente de séduire à la fois les amateurs de comédie et ceux de drame. Mais, faute de s’engager pleinement dans l’un ou l’autre genre, il laisse l’impression d’une occasion manquée. Son exploration de l’art et de l’amour est louable, mais son exécution ne suit pas. Il parlera sans doute davantage aux spectateurs qui apprécient les récits décalés centrés sur les personnages qu’à ceux qui recherchent un humour incisif ou une véritable intensité émotionnelle.

La mise en scène de Brit McAdams manque d’unité. La réalisatrice a une vision claire des thèmes et de l’esthétique du film, mais peine à maîtriser les changements de ton. Les dialogues, parfois fantaisistes, sonnent souvent forcés et ne parviennent pas à enrichir le matériau. Les problèmes de rythme constituent un obstacle de taille et donnent l’impression que le film est plus long qu’il ne l’est réellement.

En comparaison, « Paint » n’a ni l’esprit acéré ni la narration resserrée de films comme « Problemista », qui explore lui aussi l’art et l’épanouissement personnel, mais avec davantage de finesse. « Paint » aborde des sujets similaires, mais paraît souvent dérivatif et manque d’originalité.

Les interprétations sont inégales. Owen Wilson fait le travail dans le rôle de Carl Nargle, mais son incarnation manque de profondeur pour rendre le personnage vraiment captivant. Michaela Watkins s’en sort mieux en Katherine, à laquelle elle apporte chaleur et authenticité. Ciara Renée est sous-employée dans le rôle d’Ambrosia, dont le personnage sert davantage de ressort narratif que de véritable personne.

Le manque d’originalité est le principal écueil du film. Si le point de départ intrigue, son traitement paraît dérivatif et n’apporte aucun éclairage neuf sur le monde de l’art ou les relations humaines. Le choix du genre est lui aussi discutable : « Paint » se situe à la frontière de la comédie et du drame, sans jamais s’engager pleinement dans l’un ou l’autre.

En conclusion, « Paint » veut trop en faire et finit par ne pas accomplir grand-chose. C’est dommage, car ses idées de départ sont intrigantes et les interprètes ont de vrais moments de charme. L’exploration de l’art et de l’amour est louable, mais le film ne parvient pas à la concrétiser.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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