Cinéma

No Limit plonge dans l’emprise amoureuse sans jamais dire pourquoi elle reste

Le drame d'apnée de David M. Rosenthal (2022) tient grâce à Camille Rowe, mais esquive la tragédie réelle qui l'inspire.
Martha O'Hara
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Roxana Aubrey laisse tomber ses études, quitte Paris et s’inscrit à un stage d’apnée dans le sud de la France. Ainsi commence No Limit, drame romantique réalisé par David M. Rosenthal en 2022, où Camille Rowe incarne cette jeune femme que le récit entraîne très vite dans une histoire qui ne cesse de descendre. L’ambition est claire : raconter une emprise amoureuse, avec l’océan pour décor et pour métaphore. Le résultat, lui, est beaucoup plus flou.

Le film se présente comme une fiction, mais plusieurs critiques y voient une évocation libre de la mort d’Audrey Mestre, plongeuse disparue lors d’une tentative de record du monde. Ce précédent change le regard. On sait où l’histoire mène, donc la tension ne peut pas venir de l’issue, seulement du chemin, et c’est là que No Limit déçoit. Il nous dit que Roxana perd pied au lieu de nous le faire ressentir. Un avertissement, on l’oublie en cinq minutes. L’angoisse naît quand on voit la porte se refermer lentement, et le film y parvient rarement.

Au centre, il y a Pascal, joué par Sofiane Zermani. Dès les premières scènes, la relation est déclarée toxique, et le film ne laisse plus aucune place au doute. C’est son défaut : marteler n’est pas creuser. D’une scène à l’autre, on n’apprend presque rien de neuf sur ces deux-là. Zermani a de la présence, mais le scénario lui demande à peu près uniquement d’être l’homme dont Roxana ne parvient pas à se détacher, et l’ambiguïté morale qu’un tel rôle appelle ne vient jamais. Camille Rowe tire beaucoup d’un matériau mince. Sa Roxana est fragile sans être passive, et c’est elle qui tient des scènes qui s’effondreraient sans elle.

Le reste de la distribution demeure à l’état d’esquisse. César Domboy (Tom), Laurent Fernandez (Stephane), Zacharie Chasseriaud (Sacha), Natalie Mitson (Naomi), Muriel Combeau (Juliette) et Alexandre Poole (Joseph Archer) passent sans que le scénario leur donne grand-chose à faire. L’héroïne se retrouve entourée de silhouettes à peine tracées. Dans une histoire où l’isolement compte autant, cela aurait pu devenir un choix de mise en scène. Ici, cela ressemble plutôt à une économie de moyens.

Les scènes de sexe méritent qu’on s’y arrête. Certains comptes rendus les ont décrites comme de plus en plus explicites, et cette surenchère est précisément ce qui gêne : elles prennent la place des conversations qui devraient nous expliquer pourquoi Roxana reste. On a l’impression qu’elles servent à vendre le film plutôt qu’à dire quelque chose de ses personnages. Quand le désir est la seule chose que la mise en scène montre, la dépendance de Roxana devient une information et cesse d’être une expérience. Il manque au moins une scène où elle doive s’expliquer devant quelqu’un, ou devant elle-même.

L’apnée est pourtant ce que l’histoire a de plus intéressant sur le papier. C’est un sport où le corps se mesure à sa propre limite, et l’idée résonne naturellement avec le titre. Le film en fait l’image d’une relation qui s’enfonce, et la métaphore tient tant qu’elle reste visuelle. Dès qu’un dialogue se charge de l’expliquer, elle devient lourde. Chaque plongée pourrait nous apprendre quelque chose sur l’état de Roxana ; trop souvent, elle ne fait qu’illustrer une émotion que l’on connaît déjà. La mer est ce que le film offre de mieux, et elle rappelle aussi tout ce que l’intrigue autour n’atteint pas.

Le rythme est l’autre point faible. Ce qui devrait être une descente continue ressemble à une suite de paliers, et les moments de tension se diluent entre des scènes romantiques qui répètent la même information. Certains dialogues sonnent appuyés, comme s’ils n’existaient que pour rappeler que la relation est malsaine. À ce stade, le spectateur a compris depuis longtemps, et il ne lui reste qu’à attendre la suite. On pense à ce qu’aurait donné une version plus resserrée, avec moins d’explications et davantage de silence sous l’eau, où l’image dirait ce que les mots ressassent.

No Limit est arrivé sur Netflix en 2022. Il s’agit d’un récit de couple sombre, tourné en français, que l’on peut voir en version originale sous-titrée ou doublée. Son intensité reste à la surface et s’use avant le dénouement. Qui cherche un portrait sérieux de l’emprise ou du danger réel de l’apnée extrême y trouvera des esquisses de l’un et de l’autre, rarement davantage.

Camille Rowe aurait mérité un scénario plus tendu, et l’histoire vraie qu’elle évoque aussi. On suit la première moitié avec intérêt, la seconde avec patience, et l’on referme le film sans savoir s’il voulait honorer cette histoire ou seulement s’en inspirer de loin.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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