Cinéma

Bill Nighy illumine Living, une méditation lente et poignante sur la mortalité

Martin Cid
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La caméra s’attarde sur le visage de Bill Nighy, qui regarde par la fenêtre d’un train. Son reflet se superpose au paysage londonien qui défile : une métaphore visuelle de la crise existentielle au cœur de Living. L’adaptation par Oliver Hermanus du film Ikiru d’Akira Kurosawa est une méditation sur la mortalité et l’ennui bureaucratique, portée par la remarquable interprétation de Nighy. Dans le Londres terne de l’après-guerre, le film suit M. Williams (Nighy), un fonctionnaire dont la vie se délite lorsqu’un diagnostic sans appel le contraint à affronter le vide de son existence.

La mise en scène d’Hermanus, discrète mais maîtrisée, laisse toute la place au jeu de Nighy. Les premières images de Williams à son bureau, cerné d’imposantes piles de dossiers, installent d’emblée la monotonie de son quotidien. Le recours à la lumière naturelle et aux couleurs assourdies renforce la tonalité sombre du film, dans une palette qui reflète l’état d’esprit du personnage. Cette retenue est à la fois une force et une limite : elle ouvre des moments de calme propices à l’introspection, mais rend aussi le film parfois languissant.

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Nighy est incontestablement le cœur de Living. Son interprétation de Williams est une leçon de jeu tout en nuances : un sourcil qui se relève ou un regard fugace lui suffisent pour en dire long. La scène où Williams tente d’annoncer son diagnostic à son fils est particulièrement marquante ; Nighy y oscille entre vulnérabilité et résignation. La caméra s’attarde sur son visage tandis qu’il cherche ses mots, saisissant l’émotion à vif d’un homme confronté à sa propre mortalité.

Les seconds rôles donnent de l’épaisseur au film, notamment Aimee Lou Wood dans le rôle de Margaret Harris. Son personnage fait contrepoint à la mélancolie de Williams tout en déclenchant son tardif réveil à la vie. Wood apporte une énergie bienvenue à son rôle, et l’alchimie avec Nighy est palpable, surtout dans leurs scènes chez Fortnum’s. Alex Sharp, en Peter Wakeling, et Tom Burke, en Sutherland, livrent eux aussi des prestations convaincantes, qui enrichissent l’exploration des rouages bureaucratiques et des liens humains.

Le scénario de Kazuo Ishiguro reste fidèle aux thèmes de Kurosawa, mais peine à se défaire complètement de l’ombre de l’œuvre originale. Le dénouement — Williams mobilise ses collègues pour faire construire une aire de jeux — paraît mérité, mais aussi légèrement convenu ; il n’a pas la charge émotionnelle brute du climax d’Ikiru. Les dialogues d’Ishiguro sont souvent dépouillés, ce qui sert le film en laissant les interprétations et la narration visuelle occuper le premier plan. Cette économie donne toutefois parfois lieu à des scènes qui semblent trop peu développées ou précipitées.

Le rythme délibéré du film épouse la pénible routine bureaucratique de Williams. Hermanus s’attarde sur des instants de désespoir silencieux, comme les tentatives vaines de Williams pour renouer avec son fils ou l’atmosphère étouffante de son bureau. Ces scènes sont fortes en elles-mêmes, mais peuvent sembler étirées, surtout lorsqu’on les compare aux moments plus animés, comme la soirée de Williams avec Sutherland. Le contraste entre ces registres crée des ruptures de ton qui nuisent à la fluidité de l’ensemble.

La bande originale, qui comprend la Fantasia on a Theme by Thomas Tallis de Ralph Vaughan Williams, confère au film une beauté élégiaque. La musique souligne sa mélancolie, mais verse parfois dans un sentimentalisme appuyé, au risque d’éclipser la subtilité des interprétations. Cela se remarque particulièrement dans les scènes les plus chargées en émotion, où la partition peut sembler intrusive plutôt que complémentaire.

Living parlera aux spectateurs qui apprécient les drames centrés sur les personnages et les interprétations nuancées. Ce n’est pas un film pour qui recherche de l’action à un rythme effréné ou des scènes spectaculaires. Il propose plutôt une exploration calme et introspective de thèmes comme la mortalité, la bureaucratie et la quête de sens.

Le film tient ses principaux atouts de ses interprètes et de sa mise en scène, avec un Nighy remarquable qui porte le récit. L’approche retenue d’Hermanus permet de beaux moments d’introspection, mais peut aussi rendre le film languissant. Les seconds rôles lui apportent de la profondeur, en particulier Wood dans le rôle de Margaret Harris, dont l’alchimie avec Nighy est palpable.

Le rythme et les changements de ton peuvent toutefois poser problème. La lenteur délibérée reflète la pesanteur bureaucratique du quotidien de Williams, mais certaines scènes s’étirent, surtout lorsqu’elles sont mises en regard de moments plus dynamiques. La bande originale, malgré sa beauté, semble parfois intrusive et menace d’éclipser la subtilité des interprétations.

Living est une étude de personnage poignante qui continue de nous habiter longtemps après la dernière image. Le film n’est peut-être pas un remake parfait d’Ikiru, mais il existe pleinement par lui-même, comme une exploration puissante de la mortalité et des liens humains.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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