Cinéma

The Wonder Weeks : la parentalité sans filtre

Veronica Loop
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La scène d’ouverture de The Wonder Weeks est un modèle de cinéma immersif : Anne (Sallie Harmsen), les yeux brouillés de fatigue et vêtue de son pyjama, avance à tâtons dans son appartement plongé dans la pénombre, tandis que son bébé pleure. La caméra s’attarde sur son visage épuisé alors qu’elle s’affaire maladroitement avec un biberon ; la lumière vacillante du réfrigérateur projette de longues ombres dans la cuisine. Simple, mais d’une grande force, ce moment donne le ton du film : un regard cru et sans fard sur la parentalité moderne, qui ne cherche pas à en dissimuler le désordre.

Réalisé par Appie Boudellah et Aram van de Rest, The Wonder Weeks suit trois couples qui tentent de concilier leur carrière avec le chaos de l’éducation de jeunes enfants. Le film s’inspire du célèbre guide parental du même nom, qui décrit les étapes prévisibles du développement des nourrissons, ponctuées de périodes de régression. Mais contrairement à l’approche structurée du livre, le film assume l’imprévisibilité de la parentalité et se sert du cadre des Wonder Weeks comme d’une toile de fond thématique assez souple, plutôt que comme d’un mécanisme narratif rigide.

Au fond, The Wonder Weeks est un drame centré sur ses personnages, teinté de comédie, qui doit beaucoup à la qualité de sa distribution. La prestation de Harmsen dans le rôle d’Anne est remarquable. Elle incarne avec une telle justesse l’énergie fébrile d’une jeune mère qu’il est impossible de ne pas compatir à ses difficultés. Qu’elle perde patience à cause d’une tétine introuvable ou qu’elle goûte un bref instant de bonheur devant le sourire de son bébé, son interprétation reste toujours juste et proche du réel.

Yolanthe Cabau, dans le rôle d’Ilse, signe elle aussi une prestation marquante. Son personnage, une professionnelle ambitieuse, se débat avec la culpabilité de devoir concilier travail et maternité. Cabau prête à Ilse un esprit acéré et une belle profondeur émotionnelle, faisant d’elle l’un des personnages les plus captivants du film. La relation entre les personnages de Harmsen et Cabau sonne particulièrement juste : toutes deux traversent ensemble les hauts et les bas de la parentalité.

Le film peut également compter sur ses seconds rôles, en particulier Sarah Chronis dans celui de Roos et Iliass Ojja dans celui de Sabri. Leurs interactions enrichissent le récit et explorent les différences culturelles, ainsi que les défis universels de l’éducation des enfants. Certains personnages secondaires, comme celui de Soy Kroon, semblent toutefois insuffisamment développés, et leurs trajectoires restent en partie inachevées.

C’est dans sa façon de tirer de l’humour du quotidien que The Wonder Weeks donne le meilleur de lui-même. Le scénario regorge de répliques bien senties et de situations dans lesquelles tous les parents se reconnaîtront. Qu’il s’agisse d’une dispute au beau milieu de la nuit pour savoir qui doit se lever pour la prochaine tétée ou d’une recherche désespérée d’un jouet égaré, le film saisit toute l’absurdité et la beauté de la vie de tous les jours avec de jeunes enfants.

La mise en scène de Boudellah et van de Rest est solide, sans être révolutionnaire. Le rythme manque parfois de régularité : certaines scènes semblent précipitées, tandis que d’autres s’éternisent. Les passages d’une intrigue à l’autre, entre les trois couples, sont parfois abrupts et nuisent à la fluidité d’ensemble. Les réalisateurs compensent néanmoins ces faiblesses par leur talent à saisir des moments intimes, chargés d’émotion et profondément humains.

L’un des principaux atouts du film tient à son exploration des montagnes russes émotionnelles de la parentalité. En une seule journée, les personnages passent de la frustration à la joie, de la culpabilité à l’amour. Cette profondeur émotionnelle distingue The Wonder Weeks des autres comédies sur la parentalité. Là où des films comme Baby Mama et Raising Arizona misent sur un humour volontiers outrancier, The Wonder Weeks s’attarde davantage sur les complexités psychologiques et affectives de l’éducation des enfants.

Le film s’appuie toutefois parfois de façon artificielle sur le cadre des Wonder Weeks. Les étapes du développement décrites dans le livre sont évoquées à intervalles irréguliers, mais elles donnent souvent l’impression d’être ajoutées après coup plutôt que de faire avancer le récit. Certains passages plus didactiques — lorsque les personnages discutent longuement des théories du livre, par exemple — cassent le rythme naturel du film et font sortir le spectateur de l’histoire.

La structure du film gagnerait également à être retravaillée. Les problèmes de rythme et le manque de cohésion par moments donnent l’impression que le film dure plus longtemps qu’il ne le fait réellement. Malgré la qualité de la distribution, le récit peine parfois à accorder à chaque personnage l’attention qu’il mérite. Ce déséquilibre risque de laisser le spectateur à distance de certaines intrigues.

Malgré ces défauts, The Wonder Weeks propose un portrait original et sincère de la parentalité moderne. Le film parlera à toutes celles et ceux qui ont connu l’amour immense et l’épuisement qui accompagnent l’éducation des enfants. Les interprétations sont solides, l’humour fait mouche et la profondeur émotionnelle sonne juste.

En définitive, The Wonder Weeks explore avec sensibilité les joies et les difficultés de la parentalité. Le film est à son meilleur lorsqu’il embrasse sans détour la réalité brute de l’éducation des enfants, mais son recours ponctuel au cadre du livre l’empêche d’exploiter pleinement son potentiel.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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