Cinéma

Dix pour cent : Le film arrive sur Netflix, et Andréa réalise son premier film sans acteur principal

Jun Satō

Pendant quatre saisons, les agents d’ASK ont passé leur vie professionnelle à maintenir à flot la carrière des autres. Andréa Martel a apaisé les paniques des stars, renégocié leurs contrats, et s’est rendue invisible pour que le travail puisse continuer. « Dix pour cent », le film, lui confie la seule mission qu’elle n’a jamais eu à remplir pour personne d’autre : créer quelque chose, et y apposer son nom.

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Cinq ans après la fermeture de l’agence, Andréa est réalisatrice pour la première fois. Le moteur du film tient en un cruel concours de circonstances — à quelques jours du début du tournage, son acteur principal claque la porte. Ce qui s’ensuit, c’est la comédie propre à la série : une course au remplacement, une rupture avec sa productrice, et des retrouvailles forcées avec Noémie, autrefois l’assistante surmenée du bureau, devenue productrice de télé-réalité avec un vrai poids dans la balance. Les gens qui ont passé des années à gérer les urgences des autres se retrouvent face à une crise qu’ils ne peuvent pas refiler à un client.

C’est ce renversement qui constitue le véritable sujet du film, et il s’agit d’une idée bien plus incisive que ce à quoi une réunion est censée se limiter. Une série sur la représentation — sur le fossé entre un artiste et celui qui est payé pour le vendre — revient sous la forme même de l’événement porté par des stars que ses personnages avaient l’habitude de négocier. George Clooney et Eva Longoria apparaissent dans leur propre rôle, aux côtés de Laurent Lafitte, Laetitia Casta et Vincent Macaigne. La blague se referme sur la série : l’économie du caméo que « Dix pour cent » a satirisée pendant quatre saisons est désormais la machine qui vend le film.

Émilie Noblet réalise, sur un scénario de la créatrice de la série Fanny Herrero et de Lison Daniel. Le noyau du casting est intact. Camille Cottin reprend son rôle d’Andréa, avec Thibault de Montalembert en Mathias, Grégory Montel en Gabriel, Nicolas Maury en Hervé, Fanny Sidney en Camille et Liliane Rovère en Arlette ; Laure Calamy est de retour en Noémie. Cette continuité pèse plus lourd que n’importe quel nom d’invité. La vraie monnaie de la série n’a jamais été la célébrité de la semaine. C’était le bureau — la façon dont ces personnages se sont battus, se sont couverts, et ont laissé l’ambition virer à la loyauté, et vice versa.

L’agent qui doit devenir l’artiste

Herrero a construit la série sur une tension spécifique : un agent existe pour être invisible, et l’invisibilité est corrosive. Placer Andréa dans le fauteuil du réalisateur rémunère cette tension directement. Celle qui a passé sa vie à lire le talent des autres doit désormais exposer le sien, dans la pièce la plus publique que l’industrie du cinéma puisse offrir. La bande-annonce tient le registre qui a fait la renommée de la série — rapide, enchevêtré, plus proche d’une comédie de bureau que d’un tour de nostalgie — et présente le postulat comme un problème à résoudre plutôt que comme une réunion à applaudir.

Elle élève également l’enjeu que la série n’a cessé d’approcher. Andréa a toujours été l’agent la plus déterminée d’ASK et celle qui en a le plus souffert, et le film expose son ambition au premier plan plutôt qu’en toile de fond. Officiellement, la crise de remplacement n’est pas une sous-intrigue ; c’est toute la structure, le dispositif qui traîne un ensemble dispersé dans un même lieu de travail et rétablit le bureau comme décor principal. Une comédie sur des agents artistiques fonctionne mieux quand la salle est pleine et que les téléphones ne s’arrêtent pas, et le postulat est conçu pour remplir cette salle.

L’arc de Noémie aiguise le même point. L’assistante qui absorbait le chaos des agents dirige désormais ses propres productions, et les retrouvailles sont moins une faveur qu’une négociation entre deux personnes qui ont chacune gravi un échelon. La série a toujours été précise sur la hiérarchie — qui va chercher le café, qui participe à la réunion, qui récolte le crédit — et faire se rencontrer une réalisatrice débutante et une productrice issue du même bureau est le genre d’inversion de rôles que la série a mis en place pendant quatre saisons.

De France 2 à un lancement mondial sur Netflix

Le passage sur Netflix constitue son propre argument discret. « Dix pour cent » a commencé sur France 2, une chaîne publique, comme une comédie française sur le show-business français. Son après-vie a été mondiale. Le titre « Call My Agent ! » a voyagé, des adaptations officielles ont suivi au Royaume-Uni, en Inde, en Turquie et ailleurs, et le catalogue de streaming a transformé un ensemble domestique en produit d’exportation. Ramener le casting original sous la forme d’un film Netflix boucle la boucle. La série qui regardait le cinéma français négocier avec ses propres mythes est désormais une sortie de plateforme avec une portée mondiale dès le premier jour.

Il y a une élégance à cela dont le film semble conscient. Une histoire sur des agents qui négocient l’accès arrive via la plateforme qui a plus que toute autre réorganisé la façon dont le public français accède aux films français. Les guest-stars le renforcent : une star de cinéma américaine et une productrice de télévision américaine, parachutées dans une comédie parisienne, sont le signal le plus clair que l’industrie nationale que la série a disséquée opère désormais sur une étagère mondiale. Que le film traite cela comme un gain ou une perte est l’une des choses à surveiller.

Ce que le postulat met sur la table

Ce que le film ne peut pas résoudre, c’est la question que la série a toujours laissée ouverte. Les agents croient aux artistes qu’ils servent ; l’industrie qui les emploie ne rend pas toujours cette croyance. Confier une caméra à Andréa la met à l’épreuve au grand jour — savoir si ceux qui construisent les carrières des autres parviennent un jour à en revendiquer une, ou si la machine ne les laisse jamais faire autre chose que de les négocier. Le postulat pose la question clairement et, d’après tout ce qui est disponible avant la sortie, refuse d’y répondre prématurément.

Two characters talking outdoors, one holding a small ball, in Call My Agent! The Movie
Call My Agent! The Movie. Cr. Christophe Brachet/Netflix

Cette retenue est la raison pour laquelle une réunion construite pour la nostalgie peut encore porter un argument. Les caméos voyageront, les amitiés feront mouche, et la farce du remplacement fera le travail comique que promet la bande-annonce. En dessous, il y a une proposition plus dure sur la paternité et sur qui y a droit — la même proposition que la série soulevait chaque fois qu’un agent sauvait discrètement un film et laissait quelqu’un d’autre recueillir les applaudissements. Le film tend les applaudissements à Andréa et attend de voir si elle peut les recevoir.

« Dix pour cent », le film, sera présenté en première au Festival du film francophone d’Angoulême le 29 août 2026 et diffusé dans le monde entier sur Netflix à partir du 10 septembre 2026. Émilie Noblet réalise, d’après un scénario de Fanny Herrero et Lison Daniel. L’ensemble d’ASK est de retour — Camille Cottin, Laure Calamy, Thibault de Montalembert, Grégory Montel, Nicolas Maury, Fanny Sidney et Liliane Rovère — avec George Clooney, Eva Longoria, Laurent Lafitte, Laetitia Casta et Vincent Macaigne en invités.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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