Cinéma

Big George Foreman : un regard sans concession sur la rage et la rédemption

Martin Cid
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La scène d’ouverture de Big George Foreman vous prend aux tripes. Pas seulement parce qu’on y voit Khris Davis, dans le rôle du jeune boxeur, déchaîner sa fureur sur un sac de frappe, mais aussi parce qu’elle donne le ton d’un film qui refuse d’adoucir les aspérités de son personnage. Réalisé par George Tillman Jr., ce biopic ne se contente pas de raconter l’histoire de l’une des figures les plus énigmatiques de la boxe : il s’attache à l’homme derrière les gants et explore la rage, la rédemption et l’éveil spirituel qui ont marqué sa vie.

D’emblée, le film montre clairement que l’histoire de Foreman est autant celle de ses démons intérieurs que de ses triomphes sur le ring. Davis, qui porte le film avec une intensité physique et émotionnelle remarquable, incarne la fougue et le charisme de Foreman. Son jeu est brut, sans filtre et parfaitement convaincant, qu’il gronde face à ses adversaires sur le ring ou qu’il se débatte avec sa foi en dehors. Le choix de casting est audacieux : Davis ne ressemble pas au véritable Foreman, mais cette distance lui permet de proposer sa propre interprétation du personnage.

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Le film suit une trajectoire familière au biopic : des débuts dans la pauvreté à Houston, jusqu’à la gloire olympique et aux titres de champion du monde, avant une crise spirituelle et un retour sur le ring. Tillman Jr. maîtrise les premières parties du récit, notamment les scènes qui montrent la transformation de Foreman, jeune homme tourmenté, en prodige de la boxe. Les séquences d’entraînement sont âpres et immersives, et la présence physique de Davis rend palpable la brutalité du sport.

L’un des grands moments du film est le combat pour la médaille d’or olympique de 1968 contre Jonas Čepulis. Filmée avec un sentiment d’urgence proche du documentaire, la scène restitue le chaos et l’intensité de la boxe amateur, où chaque coup porte avec une force à faire trembler les os. La prestation de Davis est électrisante et le travail de la caméra — gros plans sur la sueur et l’effort, plans larges qui donnent toute son ampleur à l’événement — confère à la séquence une véritable dimension cinématographique.

Les seconds rôles donnent de l’épaisseur au récit. Dans le rôle de Doc Broadus, mentor et entraîneur de Foreman, Forest Whitaker apporte au personnage une sagesse tranquille. Ses scènes avec Davis comptent parmi les plus prenantes du film : il aide le jeune boxeur, imprévisible, à trouver discipline et détermination. Sullivan Jones incarne Muhammad Ali avec charisme et respect, sans tomber dans l’imitation. Il saisit plutôt l’essence du légendaire boxeur : son esprit, son assurance et son talent pour faire sortir Foreman de ses gonds.

Le film n’est toutefois pas exempt de défauts. Dans sa seconde moitié, le rythme devient inégal. Après la défaite de Foreman face à Ali lors de The Rumble in the Jungle et la crise spirituelle qui s’ensuit, le récit perd une partie de son élan. Le passage du drame sportif à la rédemption religieuse est abrupt et, même si Davis aborde avec sincérité les moments chargés d’émotion de l’expérience de mort imminente de Foreman, le film peine à maintenir la tension. Certaines scènes, comme la réconciliation de Foreman avec Mary Joan (Jasmine Mathews), semblent précipitées, tandis que d’autres, notamment ses difficultés avec le centre communautaire en 1985, auraient gagné à être montées plus resserrées.

Sur le plan thématique, Big George Foreman s’attaque à des questions de poids autour de la foi, de la rédemption et du prix de l’ambition. Le film ne cherche pas à dissimuler les failles de Foreman — son infidélité, son arrogance, sa difficulté à faire preuve d’humilité — mais célèbre aussi sa résilience et le tournant presque miraculeux qu’a pris sa vie. La scène où Foreman s’effondre, victime d’un coup de chaleur, et voit le néant est particulièrement réussie : elle ancre son éveil spirituel dans une expérience viscérale plutôt que dans le cliché.

Pourtant, le traitement de ces thèmes manque parfois d’équilibre. Le film montre bien le conflit intérieur de Foreman, tiraillé entre ambition et foi, mais le récit peine par moments à faire coexister ces deux dimensions. Le passage du drame sportif à la rédemption religieuse manque de fluidité, et certains spectateurs pourraient trouver la seconde moitié moins captivante que les séquences consacrées à la boxe.

Du point de vue du genre, Big George Foreman se situe à la croisée du biopic sportif et du drame spirituel. Le film excelle dans sa représentation de la boxe, grâce à des combats bien chorégraphiés et à la performance physique de Davis, mais sa seconde moitié s’aventure sur un terrain plus contemplatif. Ce virage risque de dérouter certains amateurs de films sportifs classiques, tout en offrant un regard singulier sur la vie de Foreman.

Au bout du compte, Big George Foreman est un biopic solide, malgré ses défauts. Il saisit l’essence de son sujet et compte de beaux moments, notamment grâce à la prestation de Davis et à sa représentation âpre de la boxe. Mais son rythme inégal et les quelques faux pas du récit l’empêchent d’atteindre les sommets de grands films sportifs comme Raging Bull ou Ali.

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Photos : The Movie Database (TMDB)

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