Art

Bonhams Paris ouvre l’automne sur l’art que les autorités soviétiques ont passé des décennies à tenter de faire disparaître

Lisbeth Thalberg

Lorsque les autorités soviétiques ont formellement déclaré certaines toiles impropres à l’exposition publique — trop abstraites, trop individualistes, trop indifférentes aux idéaux collectifs — elles n’ont pas pour autant éteint l’œuvre. Elles l’ont repoussée dans des appartements et des ateliers de datcha, où elle a continué sous d’autres conditions, parfois sous d’autres noms. Cette continuité refait surface aujourd’hui aux enchères à Paris, sous la forme de la Collection Eric A. Peschler : un ensemble de peintures, de dessins et de sculptures d’artistes tels qu’Erik Bulatov, Grisha Bruskin, Eduard Steinberg, Boris Sveshnikov et Dmitry Krasnopevtsev — des figures dont l’œuvre n’a jamais pu être ni sanctionnée ni, en définitive, supprimée par la culture soviétique institutionnelle.

La vente Peschler — conduite en ligne et présentée comme une première apparition sur le marché — est l’entrée au poids historique le plus considérable dans ce qui constitue, même au regard des standards récents de Bonhams Paris, un programme automnal d’une ampleur inhabituelle. La maison, qui opère dans la capitale française sous l’enseigne combinée Bonhams Cornette de Saint Cyr depuis l’absorption de la vénérable firme parisienne, a réuni un calendrier s’étendant des antiquités grecques issues d’une résidence privée à Corfou à l’art islamique et indien, des œuvres d’après-guerre et contemporaines aux travaux impressionnistes et modernes, ainsi que trois ventes à New York et dans le Massachusetts autour de la collection de Sandy Lerner.

Lerner — cofondatrice de Cisco Systems dans les années 1980 et créatrice ultérieure de la marque de cosmétiques Urban Decay — a consacré plus de trois décennies à constituer l’une des collections privées les plus singulières à paraître sur le marché ces dernières années : des œuvres d’art et des objets décoratifs à thème félin sous tous les supports imaginables, d’une peinture de Léonard Tsuguharu Foujita à des bijoux Boucheron en passant par des œuvres liées à Henri Matisse, le tout consigné dans son livre de 2017 Caticons: 4,000 Years of Art Imitating Cats. Le premier volet de cette vente arrive dans les salles new-yorkaises de Bonhams fin septembre ; meubles et arts décoratifs issus de sa demeure virginienne de style Géorgien revivaliste suivront dans le Massachusetts.

À Paris, le calendrier embrasse simultanément plusieurs registres. Une vente constituée à partir des réserves propres de Chanel — Chanel : From the Vault, Paris — côtoie l’événement Zoute en Belgique, qui intègre automobiles de collection et véhicules de prestige à ce qui demeure un programme essentiellement dédié aux beaux-arts. Novembre conserve le registre traditionnel : peintures des Anciens Maîtres et du XIXe siècle, puis The Classics à deux jours de suite. Décembre clôt avec des œuvres impressionnistes et modernes, du matériel d’après-guerre et contemporain, ainsi qu’un vaste panorama de l’art asiatique.

Ce que le programme révèle, dans son ensemble, c’est l’étendue de l’opération Bonhams Paris au lendemain de la fusion avec Cornette de Saint Cyr : une adresse européenne unique capable d’accueillir l’art soviétique non officiel et les obsessions félines financées par Cisco aux côtés de la haute couture Chanel et des automobiles classiques, sans que les registres entrent en collision. Que l’ambition se traduise dans les résultats reste la question en suspens jusqu’à la fin de la saison.

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