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Robert Rauschenberg à 100 ans : le Tate Modern s’empare des Gluts en ferraille qui ont condamné la société de consommation

Lisbeth Thalberg
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Trois pièces de métal ondulé récupérées dans des stations-service abandonnées des plaines du Texas ont voyagé depuis un paysage de défaillance industrielle jusqu’à la galerie ARTIST ROOMS du Tate Modern — et y sont restées. La Robert Rauschenberg Foundation a fait don de trois sculptures Glut à la collection ARTIST ROOMS, le programme de tournée nationale copiloté par le Tate et les National Galleries of Scotland. Ce don marque les cent ans de la naissance de Rauschenberg à Port Arthur, Texas — à peu près le même territoire dont ces œuvres ont tiré leurs matériaux bruts.

Rauschenberg a réalisé les Gluts entre 1986 et 1994 en réponse à l’excédent pétrolier qui avait ravagé l’économie texane, laissant derrière lui non seulement des difficultés mais des débris physiques : équipements de pompage à l’arrêt, signalétique hors d’usage, ferrailles d’un boom qui s’était effondré. Il a sillonné ce paysage et ramené les pièces dans son atelier. G-I Glut (1986), désormais dans la collection ARTIST ROOMS, assemble des panneaux froissés de stations-service dont les lettres trouvées forment « $AVING$ » — Rauschenberg a ajouté les signes dollar ; le reste était déjà là. Rasputin’s Revenge Early Winter Glut (1987) conserve les bosses et les couleurs oxydées du métal récupéré. Ce n’étaient pas des sculptures sur la crise pétrolière : c’étaient des sculptures sur ce qu’une économie capitaliste fait de ses propres rebuts.

Tate Modern exterior view at Bankside London, the former Bankside Power Station converted into a contemporary art museum
Tate Modern, Bankside, London. Photo: Acabashi / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

La troisième œuvre donnée, Mobile Cluster Glut (Neapolitan) (1987), porte une biographie précise. La ferraille qui la compose a d’abord servi de décor au spectacle Lateral Pass (1985) de la Trisha Brown Dance Company, l’une des pièces fondatrices de la danse postmoderne américaine, créée à Naples. À la fin de la tournée, Rauschenberg a intégré le métal dans la série des Gluts. La sculpture porte en elle son histoire performative — le matériau se souvient de deux contextes à la fois. On peut également voir les costumes qu’il a conçus pour Set and Reset (1983) de Brown, des photographies de scènes urbaines et industrielles sérigraphiées sur tissu transparent.

L’exposition réunit plus de vingt œuvres couvrant trois décennies. Almanac (1962), l’une de ses premières peintures sérigraphiées, superposait des images de magazines, de livres et de ses propres photographies sur toile — une compression qui annonçait la culture saturée d’images à venir. Les Carnal Clocks (1969) sont des œuvres cinétiques qui indiquent l’heure réelle en allumant et éteignant des lumières électriques à intervalles réguliers ; la technologie intégrée dans l’objet, en performance continue. Les Jammers (1975–76) sont des longueurs de soie colorée tendues sur des perches en rotin, réalisées après un séjour à Ahmedabad, en Inde. L’exposition trace cette agitation comme une méthode : Rauschenberg a sans cesse réintégré le monde qui l’entourait — ses matériaux, ses mouvements, ses technologies — dans l’œuvre.

ARTIST ROOMS : Robert Rauschenberg ouvre au Tate Modern le 21 septembre et est visible gratuitement jusqu’en décembre 2027. L’exposition est organisée en collaboration avec la Robert Rauschenberg Foundation, sous la direction de Gregor Muir, directeur de la collection du Tate, avec Andrew de Brún, conservateur assistant au Tate Modern, et Julia Blaut, conservatrice principale de la Robert Rauschenberg Foundation. Le Tate Modern se trouve à Bankside, SE1.

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