Actualités

Trois ans porté, une seule fois voulu: la robe Stambolian revient aux enchères

Lisbeth Thalberg

La petite robe noire est l’un des rares vêtements à être arrivé avec une thèse incorporée. La conception de Coco Chanel du noir comme couleur de sophistication élégante — et non de deuil — proposait qu’une femme puisse entrer dans n’importe quelle salle et la définir, sans ornement. La robe du soir en soie noire décolletée de Christina Stambolian appartient à cette lignée. Mais elle possède une propriété supplémentaire : elle n’a été portée qu’une seule fois, précisément lors de l’occasion qui donnait tout son sens à ce choix, et n’a pas été vue publiquement depuis près de trois décennies.

La robe Stambolian avait été rangée dans la garde-robe de Diana pendant trois ans — conservée là, non portée, jugée trop audacieuse pour une apparition publique. Le soir où elle finit par la choisir — un dîner de gala à la Serpentine Gallery de Londres — elle écarta la robe Valentino qu’elle avait prévu de porter. Sa styliste Anna Harvey confia plus tard que Diana voulait simplement être parfaite. Les décisions formelles du vêtement — décolleté asymétrique, soie noire moulante, ourlet asymétrique avec une traîne en mousseline — produisirent une silhouette que Stambolian elle-même compara à Odile dans Le Lac des cygnes de Tchaïkovski: le cygne noir, pas le blanc. Un écart, délibérément choisi. Ce même soir, le prince Charles admettait à la télévision nationale avoir été infidèle.

La lecture de Stambolian nomme ce que la robe fait formellement, indépendamment des circonstances. La tradition de la petite robe noire, telle que Chanel l’avait formulée, consistait à remplacer le bruit des règles antérieures de la mode par quelque chose de contrôlé et sûr de soi. Accessoirisée d’un vernis à ongles rouge, d’une pochette et d’un collier spectaculaire composé d’une broche ancienne en diamants et saphirs — cadeau de mariage de la reine mère — la robe fonctionnait comme un argument complet, non comme une improvisation.

Sothebys auction house at 34-35 New Bond Street London
Sothebys New Bond Street, Londres. Photo : Zeisterre, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

La robe fut mise aux enchères pour la première fois en 1997, lors d’une vente où Diana offrit 79 pièces de sa garde-robe pour lever des fonds au profit d’associations luttant contre le cancer et le sida. Un rare catalogue numéroté et signé accompagne ce lot, créditant le prince William pour l’idée de la vente. Après 1997, la pièce fut utilisée lors d’événements caritatifs en Écosse — dont une soirée à la House for an Art Lover de Glasgow, où Stambolian était présente — et fut exposée pour la dernière fois au musée de Paisley avant de disparaître de la vue du public. Elle revient aujourd’hui chez Sotheby’s New Bond Street pour sa première apparition aux enchères depuis lors, estimée entre 150 000 et 300 000 dollars (110 000–220 000 livres sterling). Une tournée mondiale d’exposition s’ouvre pendant la Fashion Week de Londres avant de gagner Hong Kong, Genève et New York, en amont de la vente aux enchères de décembre. Une partie des bénéfices ira à NHS Lothian Charity, au profit du Royal Edinburgh Hospital.

L’expression «revenge dressing» entra dans le lexique de la mode pratiquement du jour au lendemain en 1994, pour désigner les vêtements choisis afin de projeter une image de transformation et de maîtrise de soi. Ce que la robe démontre — et ce que son retour rend visible — c’est que le vocabulaire qu’elle a instauré a continué de circuler bien après que les circonstances originelles se furent estompées. Elle revient non parce que ce qu’elle dit a changé, mais parce que ce qu’elle proposait sur la mode comme forme de décision n’a jamais cessé d’être répété.

Étiquettes: , , , , ,

Discussion

Il y a 0 commentaire.