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L’appareil photo que Lynch a porté à Los Angeles pendant 30 ans éclaire chaque plan de ses films

Lisbeth Thalberg

Il est arrivé à Los Angeles de nuit. Il s’est réveillé au parfum du jasmin et dans la lumière plate et singulière de la Californie du Sud, et il n’en est jamais reparti. Pendant plus de cinquante ans, David Lynch (1946–2025) a travaillé au cœur et aux marges de cette ville — films, peintures, photographies, sculptures, sons — et ce qui traverse toute cette œuvre est la même chose : non pas une carte de Los Angeles, mais le sentiment que procure la ville, maintenu à une légère distance du réel.

David Lynch : LA, qui ouvre à l’espace de la Pace Gallery de Los Angeles, réunit cinq séries photographiques que Lynch a réalisées entre 1979 et 2008. L’exposition formule un argument qu’on n’avait pas encore posé aussi clairement : que le Los Angeles que Lynch photographiait et celui qu’il filmait relevaient du même acte de regard, conduit simultanément sur trois décennies.

David Lynch close-up portrait, 2016
Photo: Msubrizi, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

La photographie n’a jamais été périphérique dans la pratique de Lynch. Il s’est formé comme peintre avant que l’objectif ne le trouve, et son travail sur l’image fixe s’est accumulé silencieusement à côté de tout le reste — avant Blue Velvet, avant Twin Peaks, avant Mulholland Drive. Ces cinq séries s’étendent de 1979 à 2008. Elles ne constituent pas la documentation d’un cinéaste au travail ; elles en sont l’autre moitié d’une conversation sur ce qu’un lieu peut contenir.

Ce que Lynch photographiait à Los Angeles, c’étaient ses archétypes, pas ses adresses. L’ingénue. Le métamorphe. La beauté et l’obscurité simultanées de la ville. Sans titre (Nus et fumée), vers 1994, est exemplaire de la méthode : une atmosphère psychologique plutôt qu’une scène. Le sujet, c’est moins le corps ou la lumière que la condition qu’ils créent ensemble — le malaise particulier que la ville produit quand on lui retire sa fonction et qu’on regarde ce qu’on ressent de l’intérieur. C’est la même qualité qui définit le parking de Mulholland Drive, la lente dissolution dans le cauchemar de Blue Velvet. Lynch construisait cette grammaire dans la chambre noire pendant qu’il la construisait dans la salle de montage.

L’exposition est la première présentation de l’œuvre de Lynch à Los Angeles depuis sa mort en 2025. Qu’elle s’ouvre dans la ville où il est arrivé de nuit et qu’il n’a jamais vraiment quittée lui confère un poids supplémentaire : c’est, en un sens, l’exposition qu’il n’a cessé de préparer. Le Los Angeles County Museum of Art est en discussions préliminaires sur une rétrospective Lynch, en concertation avec d’autres musées ; la présentation à Pace offre la première occasion formelle de lire son œuvre photographique dans ses propres termes, dans la ville qu’elle représente.

David Lynch : LA ouvre à la Pace Gallery Los Angeles, 1201 South La Brea Avenue, avec une réception publique le 19 septembre de 18h à 20h.

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