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End of the Line : une virée brute, mais inégale, dans la comédie absurde

Alice Lange
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La caméra s’attarde sur le visage d’Ivan, au volant de son bus clandestin dans un dédale de rues, la sueur perlant sur son front tandis qu’il raconte d’un ton impassible, dans un micro invisible, que sa femme l’a quitté. Cette scène d’ouverture de End of the Line, la série comique de Rodrigo Sant’anna, donne le ton d’un programme qui tire parti du frottement entre le désespoir du quotidien et l’humour absurde. Grâce à son format en public et à la présence magnétique de Sant’anna dans le rôle d’Ivan, la série se taille une place à part dans un paysage comique déjà très encombré — non sans quelques faux pas.

End of the Line suit Ivan, chauffeur de bus sans licence, qui traverse la fin de son mariage tout en échappant aux autorités et en tentant de joindre les deux bouts. Le point de départ est simple, mais la mise en scène de Sant’anna s’appuie sur les réactions du public pour donner à l’ensemble une immédiateté que peu de comédies écrites parviennent à atteindre. Le travail sonore est particulièrement soigné : les rires de la salle ponctuent les mésaventures d’Ivan comme les battements d’un cœur. Dans une séquence marquante, Ivan essaie de réparer son bus en pleine course ; le véhicule tousse puis s’arrête devant les passagers. Ses improvisations fébriles déclenchent une salve d’applaudissements et donnent à la scène une énergie électrique.

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Le principal atout de End of the Line, c’est son interprète. L’Ivan de Sant’anna est un homme ordinaire attachant, partagé entre cynisme et espoir. Sa réplique — « Je ne suis pas chauffeur de bus ; je suis un fonctionnaire avec des roues » — fait mouche grâce à un sens parfait du rythme comique, mais aussi à sa capacité à passer de l’exaspération impassible à une véritable chaleur humaine. La série s’appuie également sur un socle émotionnel solide : les difficultés d’Ivan, entre divorce et précarité financière, donnent du poids à l’humour et rendent ses frasques crédibles plutôt que forcées.

Le format en public n’est toutefois pas toujours un avantage. S’il amplifie les moments comiques, il affaiblit parfois le registre dramatique. Dans une scène où Ivan avoue en larmes ses craintes à l’idée d’être père, les rires du public couvrent une partie de la fragilité de son interprétation et en diminuent l’impact. Le rythme est lui aussi parfois défaillant : certains épisodes étirent à l’excès une seule blague ou une situation, notamment dans les intrigues secondaires consacrées aux collègues d’Ivan au dépôt de bus. Ces passages, parfois amusants, semblent peu développés et tiennent davantage du remplissage que d’une véritable exploration des personnages.

La série peine aussi à maintenir une cohérence de ton. À peine Ivan s’est-il disputé avec son ex-femme au sujet de la pension alimentaire qu’il se lance à la poursuite d’une poule échappée sur l’autoroute. Pris séparément, les deux épisodes sont drôles, mais leur juxtaposition donne à la narration un aspect décousu. L’écriture s’appuie également un peu trop sur un humour appuyé, notamment dans sa représentation des figures d’autorité, comme les inspecteurs municipaux qui harcèlent sans cesse Ivan. Ces personnages restent monolithiques et manquent de profondeur, ce qui rend leurs affrontements avec Ivan moins intéressants.

La série n’en compte pas moins de vrais moments de grâce. Dans un épisode vers la fin, Ivan emmène sur un coup de tête un groupe de passagers âgés pour une visite touristique ; un passage remarquable, qui mêle émotion sincère et répliques comiques bien senties. Les réactions du public semblent alors naturelles et renforcent l’émotion sans la parasiter.

End of the Line se distingue aussi par son originalité dans le paysage de la comédie. Là où beaucoup de sitcoms s’en remettent à des intrigues convenues et à des rires enregistrés, son format en public déploie une énergie brute et imprévisible qui la démarque. Sant’anna assume pleinement les aléas de l’improvisation — notamment lorsqu’il réagit sur le vif aux réactions inattendues du public —, ce qui donne à la série une authenticité bienvenue à l’heure des comédies trop soigneusement calibrées.

À qui s’adresse End of the Line ? Les amateurs de comédie largement fondée sur l’improvisation y trouveront leur compte, en particulier ceux qui apprécient des émissions comme Whose Line Is It Anyway? ou The Eric Andre Show. La série séduira aussi les spectateurs qui aiment les héros malchanceux et l’humour noir. En revanche, ceux qui recherchent des intrigues solidement construites ou des personnages qui évoluent en profondeur risquent de trouver sa structure décousue frustrante.

Au bout du compte, End of the Line est une série en demi-teinte : drôle et imparfaite, avec de belles fulgurances que vient parfois ternir une exécution inégale.

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