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Aggretsuko : des cris de death metal pour masquer le mal-être au travail

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La scène d’ouverture de la saison 1 d’Aggretsuko est inoubliable : Retsuko, un panda roux au regard éteint et à l’âme broyée par son travail en comptabilité, entre dans une cabine de karaoké et pousse un hurlement guttural de death metal. La caméra s’attarde sur ses poings serrés, tandis que les néons se reflètent dans ses larmes et qu’elle rugit dans le micro. Ce moment résume à merveille la force brute et cathartique de la série : un cocktail explosif de frustration et de libération.

Créée par Rareko pour Netflix, Aggretsuko est une série animée centrée sur Retsuko, une employée de bureau de 25 ans chez Carrier Man Trading Co., Ltd. Son quotidien est rythmé par des collègues toxiques, un patron sexiste nommé Ton — auquel Sohta Arai prête une voix délicieusement mielleuse — et la monotonie étouffante de l’entreprise japonaise. Pour tenir le coup, elle chante du death metal au karaoké après le travail : un rituel qui devient sa bouée de sauvetage émotionnelle.

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La force de la série tient à sa représentation sans concession du mal-être au travail. Les difficultés de Retsuko — des collègues passifs-agressifs au poids écrasant des attentes sociales — sont douloureusement familières. L’animation, élégante et moderne, s’appuie sur des personnages au design affirmé qui renforcent à la fois l’humour et l’émotion. La réalisation de Rareko maintient un équilibre entre comédie noire et véritable profondeur émotionnelle. Les scènes de karaoké, en particulier, sont remarquables : elles ne sont pas de simples exutoires, elles placent aussi au premier plan le tumulte intérieur de Retsuko.

Mais c’est surtout son casting vocal qui donne toute son ampleur à Aggretsuko. Kaolip insuffle à Retsuko une vulnérabilité discrète, qui rend sa frustration palpable. Shingo Katou brille dans le rôle de Haida, l’ami sarcastique mais attentionné de Retsuko, avec une ironie pince-sans-rire qui tranche avec la morosité du bureau. Maki Tsuruta vole la vedette dans chacune de ses scènes en directrice Gori, la patronne maladroite mais intimidante de l’entreprise. Sa performance, hilarante et outrancière, mêle incompétence et rodomontades, incarnant toute l’absurdité de la hiérarchie en entreprise.

L’originalité est le plus grand atout de la série. En mêlant l’absurde du death metal à la banalité de la vie de bureau, elle invente une satire singulière qui égratigne la culture d’entreprise japonaise tout en proposant un regard universel sur la vie adulte d’aujourd’hui. Les scènes de karaoké sont particulièrement réussies : elles ne sont pas de simples exutoires, elles placent aussi au premier plan le tumulte intérieur de Retsuko.

Aggretsuko a toutefois ses défauts. Si la saison 1 est solidement écrite, les suivantes peinent à conserver la même ligne directrice. La saison 4 s’éloigne du point de vue de Retsuko et se fragmente en vignettes consacrées à ses collègues. Ces séquences offrent certes de nouvelles perspectives — les difficultés de Fenneko (Rina Inoue) à trouver sa valeur ou la vie amoureuse chaotique de Washimi (Komegumi Koiwasaki), par exemple —, mais elles diluent le cœur émotionnel de la série. Le rythme connaît lui aussi quelques ratés. Certains arcs, comme la brève histoire d’amour entre Retsuko et Kabae (Yuki Takahashi), semblent précipités ou insuffisamment développés. Il arrive aussi que l’humour prenne le pas sur les thèmes de fond, donnant à la satire un tour appuyé plutôt que mordant.

Les changements de ton ont également suscité des critiques. Alors que les trois premières saisons trouvent un équilibre délicat entre comédie et drame, les suivantes versent trop volontiers dans l’absurde. La campagne politique de Retsuko dans la saison 5, par exemple, semble sans lien avec son évolution et la réduit à un ressort scénaristique, au lieu d’en faire une protagoniste pleinement incarnée.

Malgré ces faux pas, Aggretsuko reste une série à part, audacieuse et profondément humaine. Elle comprend la douleur de se sentir coincé dans un travail sans avenir, tout en sachant trouver de l’humour dans cette lutte. Les scènes de karaoké témoignent particulièrement bien de sa résonance émotionnelle : elles ne sont pas de simples exutoires, elles placent aussi au premier plan le tumulte intérieur de Retsuko.

Par rapport aux autres séries animées, Aggretsuko se distingue par son mélange singulier de comédie et de commentaire social. Des séries comme The Office ou Parks and Recreation proposent elles aussi une satire du monde du travail, mais Aggretsuko se démarque par son exploration sans détour de la santé mentale et des pressions sociales.

Aggretsuko parlera surtout aux jeunes actifs qui connaissent la monotonie écrasante de la vie de bureau.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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