Musique

Warp Records a créé l’IDM, Boards of Canada lui a donné une âme

Noah Brandt

La musique électronique dite « intelligente » n’a jamais été un genre facile à nommer. Le terme traînait derrière un son que Warp Records développait à Sheffield depuis des années, une musique électronique conçue pour le casque et le salon plutôt que pour les dancefloors. Ce que le label avait établi avec sa série fondatrice de compilations Artificial Intelligence, Boards of Canada l’a plus tard distillé en quelque chose de plus touchant : une version de la musique électronique qui utilisait la chaleur analogique et un son volontairement dégradé non pas pour simuler la nostalgie, mais pour la produire.

La position de Warp à l’intersection du bleep techno et de quelque chose de plus lent et de plus étrange a positionné le label comme un espace dédié à l’écoute sérieuse plutôt qu’aux nuits en club. Des artistes comme Aphex Twin, Autechre et Squarepusher ont défini le vocabulaire formel du genre, construisant une musique d’une complexité mathématique et d’une précision froide. Mais le duo écossais Marcus Eoin et Mike Sandison, enregistrant sous le nom de Boards of Canada, a ajouté ce que ces acteurs avaient laissé inexploré : la chaleur émotionnelle.

Leur premier album, Music Has the Right to Children, a bâti ses textures à partir de synthétiseurs vintage, d’échantillons manipulés issus de la télévision pour enfants et de rythmes bitcrushés qui évoquaient des souvenirs à demi oubliés. Sorti chez Warp aux côtés de Skam Records au Royaume-Uni et de Matador aux États-Unis, il s’est démarqué dès la première écoute de la production plus clinique du label. Là où une grande partie de l’IDM était architecturale et froide, Boards of Canada était oblique et chaleureux. Les critiques ont noté que le duo faisait « sonner la musique robotique comme vivante ».

L’influence s’est propagée dans des directions que les architectes fondateurs de l’IDM n’avaient pas prévues. Des artistes aussi commercialement réussis que Tycho et aussi célébrés par la critique que Bibio ont construit leur carrière sur le modèle de Boards of Canada. La musique électronique ambiante contemporaine, celle qui remplit les playlists de streaming pour le travail concentré et les écoutes tardives, puise dans la logique émotionnelle que Music Has the Right to Children a établie : le pouvoir d’un rythme qui n’insiste pas, le signal de la dégradation. L’analyse de MCM sur le pari d’un milliard de dollars de la musique sur l’authenticité examine comment cet appétit pour la chaleur plutôt que pour la perfection algorithmique est devenu une force structurelle dans l’économie du streaming.

Le terme « Intelligent » dans IDM mérite d’être interrogé. De nombreux artistes associés au genre ont rejeté l’étiquette dès le début, Aphex Twin et Autechre notamment, parce qu’elle sous-entendait que les autres musiques électroniques l’étaient moins. Le catalogue de Boards of Canada, pour sa part, n’est pas particulièrement intellectuel au sens académique. Leur travail le plus fort réussit par le ressenti plutôt que par la théorie. Si le modèle a survécu là où une grande partie de l’IDM précoce est devenue un artefact d’époque, c’est précisément parce que Eoin et Sandison ont priorisé l’émotion avant la complexité.

Les albums suivants de Boards of Canada ont tracé le modèle dans des directions plus sombres. Geogaddi a introduit des structures mathématiques et des références obliques dans la même chaleur analogique ; The Campfire Headphase a superposé des textures de guitare qui brouillaient l’électronique et le pastoral ; Tomorrow’s Harvest a abandonné la chaleur presque entièrement au profit d’une noirceur cinématographique. Warp, quant à lui, a continué d’élargir la lignée : Flying Lotus, Oneohtrix Point Never, Yves Tumor et Nala Sinephro ont tous construit à partir des fondations que le label avait établies avec ses premières sorties électroniques.

Boards of Canada n’a sorti aucun nouveau matériel studio depuis Tomorrow’s Harvest. Leur silence a produit sa propre mythologie, mais le catalogue reste accessible en permanence sur les grandes plateformes de streaming. Les groupes de shoegaze et d’électronique indie qui travaillent actuellement dans la même veine émotionnelle, notamment des artistes que MCM a couverts comme Movieland et bdrmm, démontrent que le plan reste en usage actif.

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