Cinéma

Somewhere in Queens : une chronique familiale touchante, mais inégale

Martin Cid
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Le dîner des Russo dans Somewhere in Queens est une cacophonie de voix qui montent, de couverts qui s’entrechoquent et de rires tonitruants qui dissimulent des tensions plus profondes. Pour son premier film derrière la caméra, Ray Romano nous plonge sans préambule dans ce monde chaotique : pas de grands panoramas sur le Queens, pas de voix off pour nous expliquer les rapports entre les personnages. Seulement la réalité brute des Russo, une famille aussi chaleureuse qu’étouffante. Une ouverture efficace, qui installe d’emblée le conflit central du film : la pression de réussir et la peur de décevoir ceux qu’on aime.

Romano, surtout connu pour son travail sur Everybody Loves Raymond, passe derrière la caméra avec une vision claire. Le film est une comédie dramatique dans la veine de The Big Sick ou de Little Miss Sunshine : des histoires de familles qui se débattent dans les imbrications chaotiques de l’ambition, de l’identité et de l’amour. Romano coécrit le scénario avec Mark Stegemann. De leur collaboration naît un récit qui cherche à équilibrer humour et chagrin, sans toujours y parvenir.

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Au cœur de l’histoire, Leo Russo (Romano), ouvrier du bâtiment dont la vie tourne autour des siens : son clan italo-américain envahissant et sa femme Angela (Laurie Metcalf), qui se remet encore d’un traitement contre le cancer du sein. Le conflit central éclate lorsque leur fils, Matthew « Sticks » Russo (Jacob Ward), attire l’attention d’un recruteur universitaire de basket. Leo tente alors, maladroitement, de concilier ses propres rêves pour son fils et les attentes étouffantes de sa famille.

La force du film tient à son authenticité. Romano et Stegemann façonnent des scènes qui semblent vécues, en particulier celles des réunions de famille chez les Russo. C’est là que le film prend toute sa mesure : chaque réplique, des soupirs exaspérés de Metcalf dans le rôle d’Angela à la présence tonitruante de Jon Manfrellotti en Petey, brosse le portrait vivant d’une famille soudée, mais claustrophobe. L’humour fonctionne particulièrement bien lorsqu’il s’appuie sur ces tensions familiales, comme lorsque Leo cite maladroitement Rocky pendant un entraînement.

Les performances sont la colonne vertébrale du film. Metcalf, en particulier, livre un portrait nuancé d’Angela, une femme dont la résilience reste marquée par le traumatisme. Ses scènes avec Romano comptent parmi les plus prenantes, notamment une conversation nocturne où elle confie sa peur d’une récidive. Romano, moins démonstratif, tient bien son rôle de Leo, un homme partagé entre son désir de protéger sa famille et ses tentatives mal avisées de lui venir en aide. Ward est convaincant en Sticks, même si son personnage verse parfois dans les tourments adolescents esquissés à la hâte.

Sadie Stanley, en revanche, ne semble pas faite pour le rôle de Dani, la petite amie de Sticks. Sa présence ajoute des complications inutiles sans apporter beaucoup de poids émotionnel. L’intrigue secondaire qui la lie à un autre petit ami paraît artificielle : un procédé narratif destiné à faire monter les enjeux, sans véritable retombée. Jennifer Esposito, dans le rôle de Pamela Carmelo, une veuve au charme aguicheur, apporte une dimension supplémentaire au personnage de Leo, mais son rôle est malheureusement trop peu exploité.

Le film trébuche dans son rythme et ses choix de structure. L’intrigue autour du basket, intéressante, semble parfois précipitée. L’histoire du recrutement universitaire aurait gagné à être traitée avec plus de nuances, notamment dans son dénouement. Mais le principal faux pas du film tient à son ton inégal. Romano peine à trouver l’équilibre entre comédie et drame, d’où des ruptures parfois brutales. Une conversation bouleversante entre Leo et Angela au sujet de son cancer peut ainsi être suivie d’une dispute familiale outrancière qui en atténue la portée émotionnelle.

Le scénario s’appuie aussi trop lourdement sur les clichés italo-américains, privilégiant des caricatures bruyantes et bravaches à des personnages pleinement incarnés. Cela se voit particulièrement dans les longues scènes avec la famille élargie, où les interprétations basculent dans la comédie appuyée au détriment de la profondeur.

Malgré ces défauts, Somewhere in Queens compte de vrais moments de chaleur et d’humour. Dans le dernier acte, Leo finit par tenir tête aux attentes de sa famille, et le dénouement offre une satisfaction émotionnelle bien méritée. Les thèmes du film — la loyauté familiale, la pression de réussir et la peur de l’échec — sont universels : de quoi parler à quiconque s’est déjà senti tiraillé entre ses rêves et ses responsabilités.

Le film a peu de chances de convaincre les spectateurs en quête d’un récit révolutionnaire ou d’une mise en scène novatrice. Mais pour ceux qui aiment les drames sensibles, portés par leurs personnages et relevés d’une pointe d’humour, Somewhere in Queens propose une expérience solide, malgré ses imperfections.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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