Cinéma

Quiz Lady : l’énergie électrique d’Awkwafina électrise chaque scène

Martin Cid
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La scène qui résume le mieux Quiz Lady, c’est celle où Anne Yum, incarnée par Awkwafina, passe nerveusement du regard de l’animateur du jeu télévisé à celui du public, enchaînant les réponses aux questions de culture générale à un rythme qui laisse sur place les candidats les plus aguerris. Elle donne le ton de la comédie de Jessica Yu : rapide, trépidante et portée par cette énergie névrotique qu’Awkwafina est la seule à pouvoir rendre aussi attachante. Mais ce qui rend la scène vraiment captivante, c’est le contraste avec Jenny, la sœur dont Anne est éloignée, interprétée par Sandra Oh, qui assiste au spectacle avec un mélange de fierté et de panique. Cette dynamique entre une passionnée de quiz à fleur de peau et une catastrophe ambulante, chaotique mais adorable, est au cœur de Quiz Lady, présenté en avant-première au TIFF.

Le point de départ est simple : Anne et Jenny doivent s’allier pour rembourser les dettes de jeu de leur mère, après l’enlèvement de Mr. Linguini, le chien adoré d’Anne, par Ken, un usurier. La solution ? Faire d’Anne une championne de jeu télévisé. L’idée a un air de déjà-vu : c’est le grand classique de la comédie où deux opposées sont contraintes de faire équipe. Mais Jessica Yu et la scénariste Jen D’Angelo y insufflent suffisamment de tendresse et d’humour pour lui donner un nouveau souffle. Le film mise beaucoup sur le lien qui unit les deux sœurs, et Awkwafina comme Sandra Oh livrent des interprétations aussi nuancées que réjouissantes.

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Anne, sous les traits d’Awkwafina, est tout en contradictions : brillante mais mal à l’aise en société, obsessionnelle mais rongée par l’insécurité. Elle trouve du réconfort dans la prévisibilité des jeux télévisés, où les règles sont claires et les résultats connus d’avance. Sa nervosité est palpable, dans ses allées et venues frénétiques comme dans ses tics, mais Awkwafina donne au personnage une vulnérabilité qui le rend attachant. Jenny, incarnée par Sandra Oh, est quant à elle un véritable tourbillon. Sans emploi, elle vit dans sa voiture et n’hésite pas à mentir effrontément — prétendant, par exemple, avoir gagné un procès très lucratif après s’être étouffée avec une arête de poisson. Mais Sandra Oh lui apporte une chaleur et un humour qui la rendent irrésistible malgré ses défauts.

La complicité entre Awkwafina et Sandra Oh est le principal atout du film. Leurs échanges oscillent entre exaspération et affection, et leur jeu donne du relief même aux passages les plus prévisibles. La scène où Jenny filme en cachette Anne en train de répondre à des questions de culture générale en est un parfait exemple : elle est drôle grâce à l’énergie frénétique d’Awkwafina, mais aussi touchante par le lien sororal qui la sous-tend. De même, le moment où Anne s’emporte contre Jenny, qui l’a manipulée pour qu’elle passe une audition pour l’émission, est à vif et chargé d’émotion : il témoigne de toute la complexité de leur relation.

La mise en scène de Jessica Yu maintient le rythme et l’énergie, sans jamais laisser retomber la cadence. Le périple à travers le pays jusqu’au plateau du jeu télévisé enchaîne les mésaventures de plus en plus rocambolesques : Jenny se déboîte le poignet dans un bar, tandis qu’Anne passe une audition sous l’emprise de drogues — une scène aussi hilarante que chaotique. Jessica Yu tire le meilleur de ces situations pour explorer les relations familiales et les liens entre sœurs. Le récit, volontiers décousu, a quelque chose d’attachant : le film ne se prend jamais trop au sérieux et assume avec un clin d’œil toute l’absurdité de son point de départ.

La bande-son ajoute une touche de fantaisie et donne le ton de chaque scène. La musique, enjouée et entraînante, accompagne parfaitement la légèreté avec laquelle le film traite son sujet. Même les seconds rôles — Will Ferrell en Terry McTeer, animateur du jeu télévisé, Jason Schwartzman en Ron Heacock, champion obséquieux, et Holland Taylor en Francine, la voisine acariâtre — apportent leur lot d’humour et de tendresse.

Mais Quiz Lady n’est pas sans défauts. Malgré tout son charme, l’intrigue est prévisible et coche les cases du genre avec une précision mécanique. Dès que sont dévoilées les connaissances d’Anne en matière de jeux télévisés et les dettes de sa mère, on croit presque entendre les rouages du scénario se mettre en marche. Sa structure convenue finit parfois par étouffer son originalité : le film donne alors l’impression d’être le cousin moins ambitieux d’autres comédies centrées sur des sœurs.

Reste que Quiz Lady fonctionne parce qu’il ne perd jamais de vue l’essentiel : la relation entre Anne et Jenny. Même dans ses moments les plus déjantés, le film reste ancré dans leur dynamique, grâce au scénario de Jen D’Angelo. Les seconds rôles — Will Ferrell en Terry McTeer, animateur du jeu télévisé, Jason Schwartzman en Ron Heacock, champion obséquieux, et Holland Taylor en Francine, la voisine acariâtre — apportent, eux aussi, leur lot d’humour et de tendresse.

Au final, Quiz Lady est une comédie douce, quoique légèrement inégale, qui repose avant tout sur ses interprètes principales. Le film n’a rien de révolutionnaire, mais il est suffisamment divertissant pour retenir l’attention. Son regard sur les relations familiales et les liens entre sœurs sonne juste, et la complicité entre Awkwafina et Sandra Oh est indéniable. L’intrigue a beau suivre une formule éprouvée, la qualité du jeu et l’humour compensent largement.

Quiz Lady parlera à tous ceux qui ont déjà dû composer avec des membres de leur famille exaspérants ou des frères et sœurs irresponsables. Cette comédie sait mêler émotion et humour, ce qui en fait un film agréable à regarder malgré ses défauts. Sa grande force réside dans les interprétations, en particulier celles d’Awkwafina et de Sandra Oh, qui donnent à leurs personnages profondeur et nuance. La mise en scène de Jessica Yu est vive et enjouée, et maintient un rythme soutenu sans laisser retomber l’énergie.

Le film aborde aussi des thèmes comme le fait d’affronter ses peurs et d’accepter ses imperfections, ce qui donne un peu de profondeur à son point de départ, par ailleurs léger. Sa manière d’évoquer l’identité asio-américaine et les relations familiales reste discrète, mais convaincante, et confère au récit une authenticité supplémentaire. L’humour ne se limite pas aux gags : il s’enracine dans les difficultés des personnages et dans leur cheminement vers la découverte de soi.

Du point de vue du genre, Quiz Lady est une comédie réussie. Le film, léger et sans prétention, se prête parfaitement à une soirée cinéma placée sous le signe du divertissement. L’humour s’équilibre avec de vrais moments d’émotion, pour former un ensemble harmonieux qui saura séduire un large public.

En revanche, son point de départ convenu et son intrigue prévisible ne plairont pas à tout le monde. Ceux qui cherchent une comédie plus originale ou novatrice risquent de trouver Quiz Lady un peu à court d’idées. Mais pour les amateurs de ressorts comiques classiques et d’interprétations pleines de cœur, le film est une délicieuse surprise.

En définitive, Quiz Lady doit sa réussite à la qualité de ses interprétations et à son exploration des relations familiales. Cette comédie sait conjuguer humour et émotion, ce qui en fait un film plaisant malgré ses défauts.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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