Cinéma

Émouvant, mais peu original : ce drame familial ne convainc pas

Molly Se-kyung
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Le plan d’ouverture de Keys to the Heart s’attarde sur une paire de gants de boxe usés, au cuir craquelé et effiloché, posés sur une table poussiéreuse. C’est notre premier aperçu de l’univers de Joma (Zanjoe Marudo), un boxeur sur le retour dont la vie lui a asséné plus de coups qu’il n’en a jamais donnés sur le ring. Symboles de sa gloire passée et de son désespoir présent, ces gants donnent le ton de ce remake philippin du film sud-coréen éponyme. Réalisé par Kerwin Go, Keys to the Heart suit Joma alors qu’il retrouve les siens, qu’il n’a pas vus depuis longtemps : sa mère Sylvia (Dolly de Leon) et son frère autiste Jayjay (Elijah Canlas). Le film tente de transposer la charge émotionnelle de l’original dans un nouveau contexte culturel, mais le résultat peine à trouver son équilibre, malgré quelques moments d’une véritable chaleur humaine.

Keys to the Heart est un drame qui joue cartes sur table et assume pleinement son émotion : c’est à la fois sa force et sa faiblesse. Les moments forts du récit sont bien amenés, notamment dans la façon dont le film aborde le pardon, la réconciliation et la force des liens familiaux. Le parcours de Joma, de l’éloignement à l’acceptation, est prenant, et le film dépeint avec justesse la complexité des relations familiales. Mais ces thèmes ont été explorés d’innombrables fois, et Keys to the Heart donne souvent l’impression de reprendre des recettes déjà vues dans des films du genre plus marquants.

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Le principal atout de Keys to the Heart, ce sont ses interprètes. Zanjoe Marudo campe Joma avec sobriété et justesse, et restitue avec finesse les conflits intérieurs du personnage, sa frustration, ses regrets et sa rédemption progressive. Une vulnérabilité à vif rend Joma attachant, même dans ses moments les plus discutables. De son côté, Dolly de Leon donne de l’épaisseur à Sylvia, qu’elle dépeint comme une femme à la fois attentionnée et résiliente. Remarquée dans des films récents comme Triangle of Sadness, De Leon sait faire passer l’émotion avec très peu de dialogues, et son alchimie avec Marudo est palpable.

Mais c’est Elijah Canlas qui s’impose véritablement dans le rôle de Jayjay. Son interprétation, nuancée et authentique, donne à voir la complexité de l’autisme sans tomber dans les stéréotypes — une qualité rare dans le cinéma philippin. Son incarnation de Jayjay témoigne de la volonté du film de représenter la neurodiversité avec sensibilité et respect. Ses scènes avec Marudo sont particulièrement touchantes : Joma apprend à dépasser le handicap de Jayjay pour apprécier le regard singulier qu’il porte sur le monde.

Le réalisateur Kerwin Go cherche à transposer dans le contexte philippin la charge émotionnelle du film coréen original, mais son approche manque souvent d’audace. La structure du film reprend celle de son modèle et suit le cheminement émotionnel de Joma, qui renoue avec sa famille. Cette fidélité au matériau d’origine préserve les thèmes du récit, mais donne aussi lieu, par moments, à une histoire générique et prévisible. Le remake philippin est sorti en 2023, tandis que le film sud-coréen original date de 2018.

La réalisation de Go est solide, sans être remarquable. L’usage de la musique classique, marque de fabrique de la version coréenne, fonctionne tout aussi bien ici et renforce l’intensité de scènes clés. La bande originale, qui comprend notamment la Piano Sonata No. 11 de Mozart et la Moonlight Sonata de Beethoven, donne de l’ampleur aux passages les plus dramatiques. Le rythme manque toutefois de régularité. La première moitié s’étire, le temps de poser le passé de Joma et sa résistance initiale à cette nouvelle configuration familiale. Le film gagne en allant dans sa seconde moitié, mais ce regain arrive trop tard et ne suffit pas.

Le scénario, adapté de l’original coréen, peine à transposer l’histoire d’une culture à l’autre. Si les thèmes du pardon et de l’amour familial trouvent un écho, certains éléments de l’intrigue semblent artificiels. L’intrigue secondaire consacrée à la carrière de boxeur de Joma, par exemple, est peu développée et sert davantage de ressort commode pour faire avancer le récit que de véritable exploration du personnage. Le film souffre également d’un manque d’originalité dans sa narration. Il reprend fidèlement des scènes et des éléments clés de l’intrigue de la version coréenne, sans rien apporter de neuf.

Sur le plan visuel, Keys to the Heart est maîtrisé, mais manque d’inspiration. La photographie mise beaucoup sur les gros plans pour traduire les émotions : un choix efficace dans certaines scènes, mais qui finit par se répéter. L’éclairage et la composition remplissent leur fonction, sans apporter l’audace visuelle qui aurait pu magnifier les moments les plus dramatiques.

Au final, Keys to the Heart est un remake plein de bonnes intentions, mais imparfait. Il convainc par ses interprétations et ses moments d’émotion, mais pèche par son rythme et son scénario. Le film rappelle la force d’un jeu d’acteur solide et d’un récit sincère, mais ne parvient pas à se distinguer des nombreux autres drames qui ont abordé des thèmes similaires.

Keys to the Heart s’adresse aux amateurs de drames chaleureux centrés sur la famille et la rédemption. Il touchera les spectateurs sensibles aux représentations authentiques de la neurodiversité et à la complexité des relations familiales.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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