Cinéma

Jawan : un spectacle d’action intense mais imparfait

Martin Cid
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Le plan d’ouverture de Jawan s’attarde sur le visage de Shah Rukh Khan, ses yeux emplis d’une colère silencieuse tandis qu’il se tient devant un groupe de détenus. Une image qui donne le ton du premier film en hindi de Atlee : intense, personnel et sans complexe. Le long-métrage est un thriller d’action ambitieux qui ne cache pas ses émotions, mêlant des séquences haletantes à une dimension socio-politique. Sous son vernis lisse se cache pourtant une histoire de vengeance, de rédemption et du prix à payer pour la justice – un thème aussi actuel qu’intemporel.

Atlee, connu pour ses réalisations dans le cinéma tamoul (Mersal, Bigil), y déploie sa patte distinctive. Le film regorge de séquences spectaculaires aussi visuellement marquantes que chaotiques. Les scènes de braquage, notamment, sont un régal, alliant cascades pratiques et effets numériques. Un moment particulièrement mémorable voit Khan dans la peau de Vikram Rathore mener un groupe de détenus lors d’un vol audacieux qui sert aussi de critique du système corrompu. Tournée avec une énergie frénétique, la séquence alterne entre gros plans sur des visages déterminés et plans larges de destruction. C’est captivant, bien que parfois désordonné – reflétant ainsi les difficultés du film à concilier spectacle et profondeur.

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La distribution est le point fort de Jawan. Shah Rukh Khan y livre une performance magistrale, incarnant à la fois Vikram Rathore, le directeur de prison rigoureux, et Azad, son alter ego rebelle. Ce double rôle permet à l’acteur de montrer toute l’étendue de son talent, passant d’une intensité contenue à une rage débridée. Sa complicité avec Nayanthara, qui joue Narmada, est palpable même si leur histoire d’amour semble bâclée. Vijay Sethupathi, dans le rôle du rusé Kalee Gaikwad, vole la vedette à chaque apparition. Sa prestation est un modèle de charisme, apportant une touche de réalisme aux moments les plus excessifs du film.

Les rôles secondaires, en revanche, sont inégaux. L’apparition de Deepika Padukone dans le rôle d’Aishwarya Rathore est trop brève et sous-exploitée, laissant son personnage unidimensionnel. Sanjay Dutt, en tant que Madhavan Naik, apporte une certaine gravité à son rôle mais se retrouve relégué au second plan dans la seconde moitié du film. Priyamani, Sanya Malhotra et Girija Oak offrent des prestations solides, mais leurs personnages sont souvent éclipsés par les acteurs principaux.

Là où Jawan trébuche, c’est dans son rythme et sa cohérence narrative. Le film est surchargé de sous-intrigues, allant de la romance à l’intrigue politique, et peine à les assembler harmonieusement. Le troisième acte, en particulier, semble précipité, avec trop de rebondissements qui se bousculent. La réalisation d’Atlee est compétente mais manque de finesse pour tisser ensemble tous ces fils narratifs. Les commentaires sociaux, bien intentionnés, frôlent parfois la prédication, affaiblissant le cœur émotionnel du récit.

La bande originale, composée par Anirudh Ravichander, sublime certains moments clés. Le « Maasi Theme » est particulièrement remarquable, fusionnant instruments traditionnels indiens et rythmes modernes pour créer un hymne qui souligne les émotions du film. La musique, cependant, couvre parfois les dialogues, rendant certaines explications difficiles à saisir.

Jawan est un film qui séduira avant tout les inconditionnels de Shah Rukh Khan. Il tient ses promesses d’action, de drame et de romance tout en laissant une place à une réflexion sociale sérieuse. Mais ses défauts – rythme précipité, sous-intrigues mal développées et ton parfois moralisateur – l’empêchent d’atteindre les sommets des meilleurs films de Khan.

En termes de genre, Jawan s’inscrit parfaitement dans le paysage du thriller d’action bollywoodien. C’est un film qui mise sur l’excès, offrant aux spectateurs une expérience cinématographique aussi visuellement stimulante qu’émotionnellement engageante. Sa dimension socio-politique ajoute une couche de profondeur qui le distingue des simples films d’action, même si cela ne suffit pas à le hisser au-dessus de ses pairs.

Comparé aux précédents films de Shah Rukh Khan comme Chak De! India ou Swades, Jawan manque de la rigueur narrative et de la cohérence thématique. Ces films réussissaient à allier divertissement et substance avec une aisance que Jawan ne parvient pas à égaler. Néanmoins, il faut reconnaître qu’Atlee apporte un souffle nouveau au genre, même si ce n’est pas toujours convaincant.

Le public cible du film est évident : les amateurs d’action bollywoodienne et les fans de Shah Rukh Khan. Pour ceux qui cherchent un simple divertissement, Jawan tient ses promesses. Mais pour ceux qui attendent une exploration plus nuancée des thèmes abordés, le film déçoit. Les commentaires socio-politiques semblent parfois ajoutés après coup, manquant de la profondeur et de la subtilité nécessaires pour marquer durablement.

En conclusion, Jawan est un film qui en fait trop mais parvient néanmoins à divertir. Il témoigne du charisme de Shah Rukh Khan et de Vijay Sethupathi, même si la réalisation d’Atlee ne suit pas toujours.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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