Cinéma

Fabricant de larmes réussit son tendre roman d’orphelins, puis étouffe sous les catastrophes

Adaptation par Alessandro Genovesi (2024) du roman d'Erin Doom, avec Caterina Ferioli et Simone Baldasseroni.
Martha O'Hara
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Le film s’ouvre sur une fillette de huit ans. Nica perd ses parents dans un accident de voiture et se retrouve à l’orphelinat de Sunnycreek, un lieu d’enfermement plus que d’accueil. Des années plus tard, adolescente, elle est adoptée par Anna et Norman Milligan, qui prennent en même temps Rigel, un garçon sombre, le préféré de la directrice, Margaret. Fabricant de larmes, d’Alessandro Genovesi, adapte le roman d’Erin Doom. Il veut être à la fois un drame sur l’enfance maltraitée et une romance d’adolescents. Les deux registres cohabitent mal.

Le point de départ est pourtant solide. Dans la maison des Milligan, Rigel se montre hostile envers Nica, et c’est par des flashbacks que le film explique pourquoi. À Sunnycreek, tous les enfants sauf Rigel subissaient les violences physiques et morales de Margaret. Genovesi dose ces retours en arrière avec une certaine économie au début, puis les multiplie jusqu’à ce qu’ils interrompent l’élan de l’histoire plus qu’ils ne l’éclairent. L’un d’eux reste pourtant efficace : Nica va être punie, et Rigel se coupe la main pour détourner l’attention de Margaret. Le geste dit tout du lien entre les deux enfants, sans commentaire.

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Baldasseroni joue la colère rentrée de Rigel avec retenue, et c’est ce qui sauve le personnage du cliché du garçon difficile qu’une seule fille saurait apprivoiser. Ferioli donne à Nica une fragilité qui ne vire jamais à la plainte. Leur duo fonctionne, même quand le scénario les abandonne à des répliques pesantes. Rigel, par exemple, explique à Nica qu’il est trop brisé pour elle et qu’elle mérite un garçon normal : la phrase est taillée pour un générique de fin de saison, pas pour une conversation entre deux adolescents.

La suite accumule les passages obligés. Pendant la Garden Day, Nica reçoit une rose noire, symbole d’un amour tourmenté et obsessionnel, et Rigel jure qu’elle ne vient pas de lui. Lionel invite Nica à sortir, et Rigel se bat avec lui. Il fait ensuite une crise devant elle, qui doit s’occuper de lui, et l’on devine que ce rapprochement mènera au baiser. Au bal, Lionel tente d’agresser Nica dans une salle de classe, Rigel intervient, puis Lionel essaie de les écraser en voiture sur un pont. Tous deux sautent dans la rivière. Bedetti n’a presque rien à jouer entre le rival jaloux et le prédateur : Lionel est un méchant de dessin animé, et le film n’a pas les moyens de le rendre inquiétant.

C’est après la chute que le récit change de ton. Nica se réveille à l’hôpital. Le corps de Rigel a amorti sa chute, et lui est dans le coma, aggravé par les neuromes cérébraux dont il souffre. Comme il a refusé l’adoption des Milligan, il se trouve de nouveau sous la tutelle de Margaret, qui accuse Nica et promet de l’éloigner de lui pour toujours. Nica, qui refusait jusque-là de témoigner contre elle, accepte. Ce basculement est trop brusque. Rien dans ce qu’on a vu d’elle ne prépare une telle fermeté, et le procès est expédié en quelques scènes. Le dénouement les montre mariés, avec une fille, et il aurait fallu pour le rendre crédible un peu moins de hâte dans ce qui précède.

La musique d’Andrea Farri est de ces partitions qui font ce que le scénario n’ose pas. «Nica’s Theme» et «Rigel’s Theme» soulignent chaque tournant sentimental, avec un lyrisme qui sert parfois les images et en annonce parfois trop l’émotion. Le titre, enfin, promet une image forte, celle de quelqu’un qui fabrique des larmes. Je n’ai pas senti que le film en tirait une vraie idée de mise en scène ou de récit, et il reste un intitulé séduisant plus qu’un fil conducteur.

Fabricant de larmes montre ce qu’une adaptation de roman populaire peut offrir à un public adolescent : un amour qui se construit contre un passé terrible, deux acteurs qui y croient, un méchant détestable en la personne de Margaret. Il montre aussi ce qu’elle peut coûter, à savoir des rebondissements prévisibles, des dialogues trop écrits et un procès qui ne pèse presque rien. Sur 1 h 43, le film touche quand il se contente de regarder Nica et Rigel, et s’égare quand il cherche à les entourer d’intrigues.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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