Cinéma

Do Not Disturb : une expérience horrifique visuellement saisissante, mais inégale

Alice Lange
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Dans Do Not Disturb (2023), les néons de Miami palpitent comme un organisme vivant. Le film psychédélique de John Ainslie plonge les jeunes mariés Chloe et Jack dans une lune de miel cauchemardesque. Il s’ouvre sur un montage trépidant de façades Art déco, de lumières de club clignotantes et de rythmes électroniques incessants, faisant de Miami bien plus qu’un simple décor : un personnage à part entière, force aussi séduisante que sinistre, prête à engloutir le couple tout entier. Réalisateur de courts métrages réputés pour leur atmosphère, Ainslie déploie toute sa virtuosité visuelle dans ce premier long métrage, mais le résultat manque d’homogénéité.

Au cœur de Do Not Disturb, il y a une histoire d’amour mise à l’épreuve par la perception, et Kimberly Laferriere, dans le rôle de Chloe, donne au film son ancrage émotionnel. L’émerveillement qui illumine son visage lors de l’euphorie initiale provoquée par le peyotl est palpable. Quand les effets de la drogue s’assombrissent, Laferriere exprime la terreur de Chloe avec une intensité très physique : membres agités de tics, regard affolé passant de l’hallucination à la réalité. Une interprétation qui capte l’attention, et que Laferriere livre avec conviction, même lorsque le scénario flanche. Rogan Christopher, dans le rôle de Jack, peine à rivaliser avec son intensité. Son jeu paraît souvent en retrait, voire passif, ce qui déséquilibre le conflit central du film : leur amour pourra-t-il survivre à cette épreuve ? La retenue de Christopher aurait peut-être fonctionné dans un autre type de film, mais ici, elle laisse le spectateur en quête de davantage de profondeur émotionnelle et d’affrontements.

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La mise en scène d’Ainslie donne le meilleur d’elle-même dans les séquences hallucinées du film, notamment lors d’une scène marquante où Chloe et Jack dansent dans une boîte vide, leurs mouvements déformés par la photographie en accéléré. La caméra tourbillonne autour d’eux, étirant les néons en traînées colorées, tandis que les synthétiseurs distordus accentuent la désorientation. Ces instants évoquent la surcharge sensorielle d’Enter the Void (2009), même si Ainslie n’a pas la brutalité implacable de Gaspar Noé. Lorsque le film s’abandonne à ce style — images hallucinatoires et paysages sonores surréalistes —, l’horreur paraît neuve et troublante. Le choix de Miami comme toile de fond est particulièrement efficace : les couleurs éclatantes et l’énergie chaotique de la ville reflètent le psychisme du couple en train de se déliter.

Pourtant, Do Not Disturb trébuche dès qu’il tente d’ancrer la terreur dans les codes conventionnels du film d’horreur. L’arrivée de Wendy (Janet Porter), Manuel (Patrick McNeil) et Saj (Rupinder Nagra) manque de préparation : leurs rôles semblent davantage relever de l’exploitation que s’inscrire naturellement dans le récit. Leurs apparitions brisent souvent le rythme et arrachent le spectateur à la spirale psychédélique de Chloe et Jack. Janet Porter, en particulier, livre une interprétation qui oscille entre le jeu outrancier et le malaise, sans jamais choisir franchement l’un ou l’autre registre. Son personnage, Wendy, donne l’impression d’avoir été ajouté après coup : un ressort scénaristique plutôt qu’une personne pleinement incarnée. De même, Manuel, joué par Patrick McNeil, et Saj, interprété par Rupinder Nagra, n’apportent guère au récit au-delà de quelques frayeurs faciles et d’une tension artificielle.

Les interludes sur la piste de danse — avec Trish Rainone dans le rôle de la Briseuse de ménage et Rebeka Herron dans celui de la coproductrice — sont visuellement saisissants, mais déroutants sur le plan narratif. Emplies de chorégraphies surréalistes et d’expressions outrées, ces séquences ressemblent à des coquetteries stylistiques plutôt qu’à de véritables contributions à l’histoire. Elles rappellent l’esthétique de Suspiria (2018), sans en retrouver la profondeur thématique ni la cohérence narrative. Les personnages de la Briseuse de ménage sur la piste de danse et de la Coproductrice sur la piste de danse ajoutent une dimension surréaliste, mais leur fonction reste obscure. S’agit-il d’hallucinations ? De manifestations des peurs inconscientes de Chloe ? Le film ne tranche jamais, laissant le spectateur perplexe plutôt qu’intrigué.

Sur le plan thématique, Do Not Disturb ambitionne d’explorer l’amour, le désir et la fragilité de la perception, mais ces idées restent peu développées. Les ressorts horrifiques — images grotesques, sursauts — semblent souvent déconnectés du point de départ du film, provoquant chez le spectateur une impression de rupture plutôt que de cohérence. L’usage des images psychédéliques par Ainslie est indéniablement impressionnant, mais le récit peine à suivre. Le rythme constitue un autre problème : de longues scènes dominées par les dialogues, parfois révélatrices — comme lorsque Chloe laisse entrevoir sa vulnérabilité au cours d’une conversation tendue avec Jack —, s’étirent souvent et brisent l’élan des séquences les plus saisissantes visuellement.

La conception sonore mérite une mention particulière : elle renforce la désorientation du film, les synthétiseurs déformés et les voix distordues créant une expérience auditive enveloppante. La musique se fait toutefois parfois envahissante, couvrant des dialogues importants et compliquant la compréhension du récit. La musique électronique contribue efficacement à installer le ton psychédélique du film, mais davantage de subtilité aurait mieux servi l’histoire.

Do Not Disturb ose prendre des risques et, même s’il ne les transforme pas toujours en réussites, son ambition est louable. Le film devrait surtout séduire les amateurs d’horreur portée par l’image, prêts à passer outre ses incohérences narratives. Les fans de films comme Enter the Void ou Suspiria y trouveront de quoi se réjouir : des images saisissantes, une bande-son palpitante et de véritables moments de terreur. En revanche, ceux qui recherchent un thriller psychologique solidement construit risquent d’être déçus par son rythme inégal et ses thèmes insuffisamment développés.

Au bout du compte, Do Not Disturb laisse une impression mitigée : une exploration de l’amour et de la perception, visuellement forte mais narrativement fragile. La mise en scène d’Ainslie est prometteuse, notamment dans sa façon de faire de Miami un personnage et de composer des séquences psychédéliques immersives. Mais les problèmes de rythme, les thèmes trop peu creusés et les interprétations inégales empêchent le film d’atteindre son plein potentiel.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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