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Soignant le jour, peintre la nuit: Chiu Wei-Hsiang fait ses débuts à gdm Hong Kong

Lisbeth Thalberg

Il existe une urgence particulière dans le travail produit sous la contrainte. Chiu Wei-Hsiang dirige une maison de retraite le jour ; la peinture s’effectue la nuit, sur papier, à l’acrylique. Il a obtenu son diplôme à l’Université nationale des arts de Taïwan en calligraphie et peinture, puis a mis de côté ce que l’académie lui avait enseigné. Le geste est rapide, d’une franchise presque enfantine, immédiat plutôt que raffiné — un rejet délibéré de la précision académique que sa formation avait forgée. Le matériau fait quelque chose d’audible ici : il insiste sur sa propre urgence face à la discipline qu’il était censé hériter.

Chiu Wei-Hsiang seated in his studio surrounded by paintings and calligraphy works in progress
Chiu Wei-Hsiang in his studio. Image: gdm

La matière de Toil and Soil (日日耕 — la culture quotidienne) est un territoire qui n’existe plus. Chiu a grandi à Dayuan, Taoyuan, où son grand-père était chef de quartier et le paysage s’étendait en rizières et animaux de basse-cour. Le projet Aerotropolis de Taoyuan — un développement de ville intelligente mené par le gouvernement autour de l’aéroport — a effacé ce monde. Des présentations solos antérieures dans la maison familiale (The House et Root) ont transformé le lieu voué à la démolition en espace d’exposition. C’est sa première exposition dans une galerie commerciale, et l’œuvre porte ce basculement.

Les œuvres sur papier à l’acrylique exposées chez gdm représentent des objets du quotidien — légumes, mains, outils domestiques — dans des traits qui conservent la vitesse de leur exécution. Deux œuvres centrales sont No Rush (不急, 2026) et Hands, Impending to Grow (等待長出雙手, 2026), toutes deux sur papier, 79 × 55 cm. Le titre No Rush entre en résonance ironique avec la situation réelle du peintre : une pratique comprimée dans les heures qui restent après le soin des autres. L’écart entre ce titre et la hâte visible du geste, c’est là que réside le véritable argument de l’exposition.

Chiu anime une visite de l’exposition par l’artiste le 12 septembre à 14 h 30, en mandarin. L’événement fait suite à une conversation tenue trois jours plus tôt dans le bâtiment Cheng Ming de l’Université chinoise de Hong Kong — dans le cadre de la série Cheng Ming Night organisée par la Faculté des beaux-arts de la CUHK — où Chiu s’est entretenu avec des étudiants sur les soins, la peinture nocturne et les œuvres réalisées autour de la maison de son enfance avant et après sa démolition.

Toil and Soil est présenté jusqu’au 31 octobre 2026 à la gdm Hong Kong, 1/F, 11 Duddell Street, Central. La galerie — fondée en 1974, longtemps plateforme pour la pratique contemporaine chinoise émergente — inscrit pour la première fois l’œuvre de Chiu dans un contexte commercial international. En octobre, il présentera de nouveaux travaux au Musée d’art contemporain de Taipei.

Les marques ont été faites la nuit, quand le travail de soin était achevé. Toil and Soil demande ce qui est préservé dans cet acte — et ce qu’il coûte.

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