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Hors contexte, dissous dans le gris: Bardin Gallery inaugure sa première saison sur le thème du déplacement

Lisbeth Thalberg

Quand une galerie change de nom après 34 ans d’existence, le programme qu’elle choisit pour cette première devient une forme de manifeste. William Bardin, qui a acquis l’institution de Dallas — connue jusqu’alors sous le nom de Craighead Green — en 2025, a choisi d’ouvrir sous la bannière Bardin Gallery avec deux expositions individuelles dont le sujet commun est, au sens le plus large, ce que l’on ressent quand on n’est pas tout à fait à sa place. La transition, a-t-il expliqué, n’est pas une rupture avec l’histoire de la galerie mais son prolongement: deux artistes travaillant à une distance sérieuse de l’évidence, dans le même bâtiment où un travail sérieux est présenté depuis trois décennies.

La contribution de Thom Jackson, intitulée Out of Context, puise dans un corpus de photographies qui n’ont circulé ni dans sa pratique des beaux-arts ni dans son travail commercial. Qu’elles apparaissent ici inédites — récupérées de commandes et de sessions où elles ont été prises mais jamais publiées — est précisément l’enjeu. Jackson place chaque image après que le moment décisif est passé: ses sujets, captés spontanément ou dans des cadres soigneusement construits, semblent exister entre le centre de la scène et sa périphérie. Les figures ne semblent ni pleinement installées dans l’image, ni déplacées. L’appartenance, dans les photographies de Jackson, s’efface discrètement, sans spectacle.

Anders Moseholm, Reflection and Destruction (2012), oil on canvas — blurred urban forms in black and white
Image: Anders Moseholm

Anders Moseholm adopte l’approche inverse et arrive sur le même territoire. Fenestrations est un ensemble de peintures urbaines — des oeuvres grand format dans lesquelles la ville, ses façades, ses fenêtres, ses surfaces de verre et de pierre — n’est pas absente, mais vidée de sa substance. Travaillant dans une palette de noirs, de blancs et de gris atténués, l’artiste danois traite l’architecture comme une longue exposition traite le mouvement: le bâtiment est là, mais sa certitude ne l’est pas. Une rue ou une fenêtre que Moseholm peint se sent simultanément habitée et évacuée, intime et irrécupérable.

Présentées ensemble sous le titre The Art of Being Out of Place, les expositions construisent un argument plus précis que chacune ne pourrait le faire seule. Jackson photographie des sujets présents mais sans ancrage; Moseholm peint des villes lisibles mais instables. L’association propose que l’aliénation n’est pas une condition qui s’abat sur les gens dans les lieux, mais une disposition structurelle de notre regard — et que la tâche de l’art n’est pas de la résoudre mais de la rendre visible.

La galerie organise plusieurs événements autour des expositions. La Nuit des Galeries du Dallas Design District, le 19 septembre de 17h à 20h, comprend une conversation avec la collectionneuse Cathryn McClellan sur la pratique du collectionnisme. Le 27 septembre, de 15h à 17h, le CADD MFA Showcase réunit onze finalistes de neuf programmes de master régionaux, avec un vote ouvert au public.

Out of Context et Fenestrations sont visibles à la Bardin Gallery, 167 Parkhouse Street dans le Dallas Design District, jusqu’au 26 septembre.

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