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Everything Now : le combat sans fard de Mia contre l’anorexie bouleverse

Veronica Loop
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La scène d’ouverture de Everything Now se déroule dans une chambre d’hôpital dépouillée. Mia Polanco (Sophie Wilde) fixe son reflet et suit du doigt les creux de son visage. Une entrée en matière sans concession pour une série qui affiche ses émotions sans détour et porte ses blessures à fleur de peau.

Créée par Ripley Parker et produite par Left Bank Pictures et Sony Pictures Television, Everything Now est une comédie dramatique britannique pour adolescents, diffusée sur Netflix. La série suit Mia, 16 ans, qui vient de sortir d’un centre de soins où elle était prise en charge pour une anorexie mentale. Elle se compose une « liste de trucs à faire, tant pis pour le reste », faite d’expériences adolescentes ordinaires qu’elle a manquées pendant sa maladie. Le point de départ regorge de possibilités : il mêle l’exubérance de la jeunesse à la gravité des questions de santé mentale.

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Sophie Wilde porte la série avec une interprétation à la fois fragile et combative. Elle rend convaincantes la vulnérabilité de Mia et la force qui grandit en elle, notamment dans les scènes où la jeune fille se débat avec son image corporelle ou le regard des autres. La subtilité et la justesse avec lesquelles Wilde fait sentir le conflit intérieur de Mia comptent parmi les grandes réussites de la série. Autour d’elle, les seconds rôles, dont Lauryn Ajufo dans celui de Becca, la meilleure amie de Mia, et Vivienne Acheampong dans celui de Viv, sa mère, apportent chaleur et authenticité à l’ensemble.

La série excelle lorsqu’elle explore l’amitié et les relations familiales. L’alchimie entre Wilde et Ajufo est palpable : leurs scènes communes vibrent de l’énergie électrique propre aux amitiés adolescentes. Le récit aborde aussi avec délicatesse des sujets graves, du rétablissement de Mia à la pression des réseaux sociaux, en passant par la stigmatisation des troubles psychiques. L’épisode où Mia se faufile à un concert avec Becca, par exemple, est particulièrement réussi : il saisit à la fois le frisson de la transgression et le réconfort de l’amitié.

Mais Everything Now trébuche sur le rythme et certains choix de construction. Les huit épisodes donnent parfois une impression de précipitation, et plusieurs éléments de l’intrigue sont traités trop rapidement. Les étapes de la liste de Mia — embrasser un inconnu ou entrer en douce à un concert, par exemple — auraient pu être davantage développées, pour nourrir plus richement l’évolution du personnage et les thèmes de la série. Celle-ci peine également à trouver le bon équilibre de ton : elle oscille entre émotion dramatique et comédie légère, parfois au sein d’une même scène. Si cette instabilité reflète le chaos de l’adolescence, elle donne par moments une impression de décousu. L’humour, souvent bien trouvé, atténue parfois la gravité du parcours de Mia.

Visuellement, Everything Now est un régal. La photographie saisit le chaos vibrant de Londres, de ses rues animées à ses recoins tranquilles. Le travail sur les couleurs et la lumière donne une profondeur émotionnelle aux images, surtout lorsque Mia affronte ses peurs ou savoure de petites victoires. La scène où elle se tient devant un miroir et parvient enfin à se regarder avec bienveillance plutôt qu’avec sévérité est ainsi aussi marquante visuellement que touchante.

L’originalité de la série se heurte toutefois à un sentiment de déjà-vu. Elle arpente un terrain que des séries comme Sex Education et Heartstopper ont déjà exploré, même si elle propose un regard singulier sur les troubles alimentaires. L’histoire de Mia est prenante, mais elle ne renouvelle pas suffisamment le genre pour se distinguer dans un paysage déjà très fourni. La série pâtit aussi du manque d’épaisseur de plusieurs personnages secondaires. À l’exception de Becca et Viv, beaucoup semblent unidimensionnels et tiennent davantage lieu de ressorts scénaristiques que de personnages pleinement incarnés.

La mise en scène de Ripley Parker mérite d’être saluée pour son authenticité et sa sincérité émotionnelle. Le rythme connaît néanmoins quelques baisses, en particulier dans les épisodes qui privilégient l’exposition au développement des personnages. Un scénario plus resserré, attentif aux nuances du parcours de Mia, aurait pu servir la série.

La santé mentale, l’amitié et la découverte de soi sont au cœur de Everything Now. La série dépeint avec beaucoup de justesse la complexité des troubles alimentaires et les difficultés du rétablissement. Elle s’intéresse aussi à la pression des réseaux sociaux et aux conséquences qu’elle peut avoir sur la santé mentale des jeunes. Ces thèmes se trouvent toutefois parfois relégués au second plan par le recours à des clichés et à des ressorts narratifs familiers.

En définitive, Everything Now vise haut, sans toujours atteindre sa cible. Cette exploration de l’adolescence, de la santé mentale et du pouvoir de l’amitié est attachante et riche en émotion. La série ne révolutionne peut-être pas le genre du drame adolescent, mais elle apporte un regard singulier sur les troubles alimentaires et les difficultés du rétablissement.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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