Documentaires

Arnold : une légende musclée se déchaîne

Veronica Loop
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Le premier plan d’« Arnold » est inoubliable : on y voit Arnold Schwarzenegger en slow motion, contractant ses biceps dans cette pose devenue emblématique dans les années 1970. Le choix est audacieux et donne immédiatement le ton de cette série documentaire : il ne s’agit pas seulement de retracer une vie, mais aussi de célébrer la personnalité hors norme de Schwarzenegger. La caméra s’attarde sur sa silhouette sculptée, rappel visuel de sa puissance physique et du statut presque mythique qu’il a acquis dans la culture populaire.

Cette série en trois épisodes de Netflix, créée par Suzanne C. Swindle, Lesley Chilcott et Katharine Jane Reid, est une entreprise ambitieuse. Elle entend retracer les multiples facettes de la vie et de la carrière de Schwarzenegger : de ses modestes débuts en Autriche à son ascension au rang de champion de culturisme, en passant par sa conquête d’Hollywood et son entrée inattendue en politique comme gouverneur de Californie. La série est produite par Defiant Ones Media Group, la société d’Allen Hughes, et Invented By Girls, celle de Lesley Chilcott, qui en assure également la réalisation.

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Ce qui distingue « Arnold » des autres documentaires consacrés à des célébrités, c’est l’accès sans précédent accordé aux cinéastes. Lesley Chilcott a réalisé plus de quarante heures d’entretiens avec Schwarzenegger en personne, échangeant avec lui sur FaceTime trois ou quatre fois par semaine pendant un an et demi. Cette collaboration se ressent dans l’abondance d’images personnelles et de scènes de coulisses qui donnent sa matière à la série. La voix de Schwarzenegger accompagne une grande partie du récit, offrant un regard intime et personnel sur son parcours.

La série documentaire est particulièrement réussie lorsqu’elle revient sur les premières années. Les séquences consacrées au culturisme sont captivantes et témoignent de la discipline et de la détermination de Schwarzenegger. On le voit s’entraîner, concourir, puis finir par dominer la discipline grâce à sa silhouette devenue légendaire. Ces scènes alternent avec des entretiens de contemporains comme Charles Gaines, qui éclairent le monde du culturisme de compétition et le rôle qu’y a joué Schwarzenegger.

Son passage à Hollywood est tout aussi fascinant. La série raconte comment Schwarzenegger a misé sur son physique et son charisme pour devenir une star de cinéma. Des extraits de ses premiers films, comme « Conan le Barbare » et « Terminator », côtoient les commentaires de professionnels du secteur tels que Sylvester Stallone et Ivan Reitman. Ces séquences mettent en lumière sa présence singulière à l’écran et sa capacité à dépasser les limites que semblaient lui imposer son accent et son physique.

La série n’est toutefois pas exempte de défauts. Par moments, « Arnold » se montre trop complaisant. Le documentaire aurait pu approfondir certains aspects plus controversés de la vie de Schwarzenegger, en particulier son mandat de gouverneur. Chilcott a elle-même expliqué qu’elle souhaitait consacrer un épisode supplémentaire à cette période, mais que sa proposition avait été refusée. C’est une occasion manquée : la série effleure souvent des sujets complexes, préférant s’attarder sur les moments glorieux et les réussites éclatantes.

Le rythme manque parfois de régularité. Certains épisodes sont montés avec précision et retiennent l’attention, tandis que d’autres s’étirent, notamment lorsqu’ils abordent les aspects plus ordinaires de la vie de Schwarzenegger. Un montage plus resserré aurait permis d’élaguer certaines longueurs et de maintenir un rythme narratif plus constant.

Ces réserves restent mineures au regard du plaisir que procure, au bout du compte, ce documentaire. « Arnold » n’est peut-être pas l’exploration définitive de l’héritage complexe de son sujet, mais le visionnage est assurément fascinant et prenant. La série tire profit de l’accès privilégié à Schwarzenegger, ainsi que des éclairages apportés par d’autres figures majeures du secteur.

Les prestations — si l’on peut les appeler ainsi — sont convaincantes. Schwarzenegger est bien sûr la vedette, mais la série donne aussi la parole à d’autres grands noms du secteur, comme Sylvester Stallone, Danny DeVito et Linda Hamilton. Leurs anecdotes enrichissent le récit et lui donnent du relief, pour composer un portrait nuancé de l’homme.

Cette série documentaire est une lettre d’amour à Schwarzenegger, qui célèbre ses réussites et sa personnalité hors norme. Elle plaira aux amateurs de l’acteur et du culturiste, ainsi qu’à ceux qui s’intéressent aux liens entre sport, divertissement et politique. En revanche, les spectateurs qui espèrent un examen plus critique de sa vie et de son héritage risquent de rester sur leur faim.

Par son originalité, « Arnold » se démarque des autres documentaires consacrés à des célébrités par son ampleur et l’accès dont a bénéficié l’équipe. La série embrasse de nombreux sujets, du culturisme à la politique en passant par Hollywood, et offre un panorama complet de l’extraordinaire parcours d’un homme. Elle aurait toutefois gagné à adopter un regard plus critique, en particulier face aux sujets controversés.

Quant à sa réussite dans le genre, « Arnold » est un excellent documentaire. Instructive, captivante et soignée, la série s’appuie sur une profusion d’archives et d’entretiens. Elle témoigne de la capacité du documentaire à éclairer autant qu’à divertir.

En conclusion, « Arnold » offre un regard fascinant et divertissant sur l’une des figures les plus emblématiques de la culture populaire.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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