Affaires et finances

Barclays supprime 5 000 emplois et son patron dit que l’IA n’est que la cerise sur le gâteau

1 000 postes ont déjà disparu et 4 000 autres partiront d'ici la fin de l'année, dont 60 % dans les fonctions support, développeurs compris
Victor Maslow
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Barclays se sépare d’environ un salarié sur vingt, et le directeur général de la banque tient à ce que l’on comprenne que l’intelligence artificielle n’est qu’une partie de l’explication. Les suppressions de postes ont été annoncées en même temps que des résultats trimestriels faisant état de bénéfices en hausse et d’une nouvelle vague de versements aux actionnaires : un enchaînement qui montre à qui reviennent les premiers fruits de plusieurs années d’investissements technologiques.

Pour celles et ceux qui travaillent dans les fonctions administratives d’une banque, une équipe de support ou une unité de développement logiciel, c’est cette version de l’histoire de l’IA qui compte : un établissement qui a passé des années à refondre ses systèmes peut désormais faire tourner la même activité avec moins de personnel. Une part importante des réductions d’effectifs devrait concerner l’Inde, où Barclays assure une grande partie des fonctions de support pour ses activités britanniques.

Où vont disparaître les 5 000 postes

La banque prévoit de supprimer environ 5 000 postes à temps plein, soit près de 5 % de ses quelque 93 000 salariés dans le monde. La directrice financière, Anna Cross, a indiqué aux journalistes que 1 000 postes avaient déjà été supprimés et que les 4 000 autres le seraient d’ici à la fin de l’année. Environ 60 % des réductions concernent les fonctions support, notamment les développeurs. Les économies sont principalement concentrées dans la banque de détail britannique, même si la banque d’investissement est également touchée. Anna Cross a rattaché ce programme à plus de 1,1 milliard de livres d’économies prévues pour 2027.

Le directeur général, C. S. Venkatakrishnan, a pris soin de nuancer le propos. « Nous allons déployer l’IA à grande échelle, a-t-il déclaré. Mais l’IA, c’est la cerise sur le gâteau, pas le gâteau. Car il faut construire les infrastructures pour pouvoir tirer parti de l’IA. » Interrogé sur le nombre de suppressions de postes directement imputables à l’IA, il a plutôt mis en avant les investissements massifs dans les technologies et la simplification des processus, qui, selon lui, expliquent l’essentiel des gains d’efficacité réalisés jusqu’ici.

Ce que masque l’étiquette « IA »

C’est là que le discours de Barclays montre ses limites. La banque n’a pas voulu chiffrer le nombre de postes supprimés par l’IA elle-même : l’étiquette recouvre donc un vaste programme de réduction des coûts, qui arrive au terme d’un plan de trois ans. Russ Mould, directeur des investissements chez AJ Bell, a estimé que Barclays « actionnait le levier de l’IA » alors que ses résultats ne répondaient pas aux attentes. Le bénéfice avant impôts a progressé de 12 %, à 2,3 milliards de livres, au cours des trois mois clos en septembre, un chiffre légèrement inférieur aux prévisions des analystes. Dans le même temps, les revenus du trading obligataire ont chuté de 19 %, bien davantage que le recul de 5 % enregistré par les banques américaines. « Je suis déçu et vous pouvez être sûr que je vais me pencher sur cette activité », a déclaré Venkatakrishnan à ce sujet.

Ce phénomène dépasse le cas d’une seule banque. Will Howlett, analyste des valeurs financières chez Quilter Cheviot, a souligné que les banques investissaient massivement dans la technologie depuis des années et qu’elles « arrivent maintenant au stade où ces investissements se traduisent par un besoin réduit de personnel pour faire tourner l’activité ». Standard Chartered, un autre établissement basé au Royaume-Uni, a annoncé plus tôt cette année la suppression de plus de 7 000 postes sur quatre ans, dans le cadre de son développement de l’IA. Cela représente environ 15 % de ses fonctions administratives d’ici à 2030.

Les actionnaires, eux, vont recevoir davantage. Barclays a annoncé un nouveau programme de rachat d’actions de 500 millions de livres, ce qui porte à 2,8 milliards le montant reversé aux investisseurs cette année, en hausse de 46 %. Le Trades Union Congress britannique a réagi en réclamant une taxe plus élevée sur les bénéfices des banques, estimant que les établissements ont profité des taux élevés des prêts immobiliers. Le cours de l’action a reculé de 2,5 % dans les premiers échanges jeudi 22 octobre, avant de se redresser légèrement, après avoir perdu environ un cinquième de sa valeur au cours des trois mois précédents.

Le prochain test aura lieu mercredi 28 octobre, date à laquelle le budget britannique devrait relever la surtaxe bancaire, un impôt supplémentaire sur les bénéfices des banques actuellement fixé à 3 %. Richard Hunter, responsable des marchés chez interactive investor, a cité une estimation du marché selon laquelle elle pourrait revenir à 8 %, ce qui réduirait les bénéfices d’environ 6 %. D’ici au 31 décembre, les 4 000 postes restants devraient avoir disparu, et les 1,1 milliard de livres d’économies promises devront apparaître dans les comptes de 2027. Ces chiffres montreront quelle part des économies tenait du gâteau, et quelle part de la cerise.

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