Cinéma

Equalizer 3 : la beauté de la Sicile face à la brutalité d’une justice expéditive

Molly Se-kyung
Ajoutez-nous sur Google

Le premier plan d’Equalizer 3 balaie lentement les collines ondoyantes de Sicile. Robert McCall, incarné par Denzel Washington, se détache sur ce paysage idyllique, le sang lui coulant le long du dos après une blessure par balle. Cette image résume la tension au cœur du film : la beauté paisible de l’Italie se heurte à la violence implacable de la saga vengeresse d’Antoine Fuqua.

Fuqua, qui a réalisé les trois films de la série Equalizer, signe un nouveau thriller d’action efficace, même s’il paraît de plus en plus formaté. Dans une pittoresque ville côtière italienne, McCall s’attaque à la mafia de la Camorra après que celle-ci s’en est prise à ses nouveaux amis. La mécanique est connue et suit un schéma bien établi : McCall constate une injustice, intervient avec une brutalité croissante et finit par démanteler seul l’organisation criminelle.

YouTube video

La force du film tient à sa narration visuelle. La mise en scène de Fuqua révèle un véritable sens de la composition, notamment dans le contraste entre la quiétude des campagnes italiennes et la sombre réalité du crime organisé. La photographie saisit la beauté naturelle de la côte amalfitaine à travers de vastes plans panoramiques, qui soulignent l’immensité du paysage face au caractère étouffant de la mission de McCall. Ce contraste n’est pas seulement esthétique : il met en lumière l’irruption de la violence dans un lieu qui devrait être paisible.

Comme toujours, la prestation de Washington est le pilier du film. Il donne au personnage de Robert McCall une gravité tranquille : un homme qui en a trop vu et suit désormais un code moral qui le distingue aussi bien des forces de l’ordre que des criminels. Washington déploie ici toute sa capacité à exprimer une émotion profonde avec très peu de dialogue, en particulier lorsque McCall observe la souffrance des habitants avant de décider d’agir. Sa présence physique est également marquante, surtout dans les séquences d’action les plus intenses.

Face à Washington, Dakota Fanning incarne Emma Collins, agente de la CIA. Son personnage joue un rôle important dans le récit — elle fournit des informations à McCall et lui prête parfois main-forte —, mais il reste insuffisamment développé. Fanning apporte une certaine urgence à ses scènes, sans que le scénario lui donne vraiment matière à jouer au-delà de son rôle de confidente, à qui McCall expose ses décisions.

Les scènes d’action sont bien chorégraphiées et brutales ; Fuqua privilégie les combats rapprochés au grand spectacle. Le morceau de bravoure est l’assaut de McCall contre le repaire des frères Quaranta : une opération tendue et méthodique, qui met en valeur la présence physique de Washington et le goût du film pour une violence viscérale. Mais ces moments pâtissent d’un rythme prévisible et d’un manque de surprises dans le récit.

Le film peine à renouveler ses personnages et manque d’originalité. Les seconds rôles, pourtant bien tenus, ont peu à faire, sinon incarner des victimes ou des méchants. Les frères de la Camorra, Vincent (Andrea Scarduzio) et Marco (Andrea Dodero), sont unidimensionnels et leurs motivations se résument à des clichés génériques sur la mafia. Les rebondissements sont annoncés longtemps à l’avance, tandis que les enjeux émotionnels semblent fabriqués plutôt que véritablement construits.

La mise en scène de Fuqua fait le travail, mais manque du regard neuf qui aurait pu permettre à Equalizer 3 de dépasser ses prédécesseurs. En restant fidèle à la formule de la franchise, le film ressemble davantage à une répétition qu’à une réinvention. La présence de Washington donne du poids aux scènes d’action, mais l’ensemble laisse une impression de déjà-vu.

Le cadre est l’un des aspects les plus remarquables du film. Le tournage en Italie lui confère une authenticité qui enrichit le récit. Les acteurs italiens, notamment Eugenio Mastrandrea dans le rôle de Gio Bonucci et Remo Girone dans celui du Dr Enzo Arisio, ancrent le film dans un lieu et lui apportent une véritable richesse culturelle. Leurs prestations donnent au récit une assise qui dépasse les clichés habituels du thriller d’action.

La bande originale contribue également à la réussite du film : ses sonorités mêlant orchestration et musique électronique accompagnent l’action à l’écran. La partition renforce la tension et la charge émotionnelle des scènes clés, ajoutant une dimension supplémentaire au récit visuel de Fuqua.

Equalizer 3 n’est toutefois pas exempt de défauts. Le rythme manque parfois de régularité, et de longues séquences d’exposition ralentissent l’élan du récit. De plus, en s’appuyant sur des ressorts familiers, le film n’apporte guère d’originalité ni de profondeur thématique. Il tient ses promesses en matière d’action satisfaisante et de présence captivante de Washington, mais ne renouvelle pas la franchise et ne donne pas davantage d’ampleur à son récit.

Dans le registre du genre, Equalizer 3 est un thriller d’action vengeur tout à fait solide. Il coche toutes les cases attendues : un héros moralement ambigu, une organisation criminelle à démanteler et une succession d’affrontements de plus en plus intenses. Mais il ne repousse pas les limites du genre et n’apporte aucun éclairage inédit.

Le succès commercial du film témoigne de son attrait comme divertissement d’évasion. Il a engrangé 191,1 millions de dollars dans le monde, preuve qu’il existe toujours un public pour ce type de thriller d’action.

En définitive, Equalizer 3 est un volet solide, mais sans éclat. Il tient ses promesses en matière d’action satisfaisante et de présence captivante de Washington, mais ne renouvelle pas la franchise et ne donne pas davantage d’ampleur à son récit.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

Étiquettes: , , , , ,

Ajoutez-nous sur Google

Discussion

Il y a 0 commentaire.