Cinéma

Sisu : l’épreuve brutale d’une volonté à toute épreuve

Martin Cid
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La première image de Sisu (2022) nous plonge dans un paysage glacé et dépouillé : une silhouette solitaire avance péniblement dans la neige, un homme seul face à l’immensité indifférente de la nature sauvage. Cette image, simple mais saisissante, résume le thème central du film : une persévérance à toute épreuve, que les Finlandais appellent « sisu ». À mi-chemin entre film d’action et film de guerre, l’œuvre de Jalmari Helander ne parle pas seulement d’or et de cupidité : elle explore, avec une brutalité teintée d’humour noir, la ténacité d’un homme confronté à des obstacles insurmontables.

Le film suit Aatami (Jorma Tommila), un ancien soldat qui découvre un véritable trésor d’or dans les étendues sauvages de Laponie. Alors qu’il tente d’acheminer ce butin jusqu’à la ville, il doit franchir un parcours semé d’embûches et affronter les forces nazies, menées par Bruno (Aksel Hennie), un officier SS sadique. Le point de départ est simple, mais Helander lui donne une tonalité âpre, presque mythique, en ancrant les éléments fantastiques — comme l’endurance apparemment surhumaine d’Aatami — dans la brutale réalité de la Finlande en temps de guerre.

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Ce qui fonctionne le mieux dans Sisu, c’est son engagement sans concession en faveur d’une action viscérale. Les scènes de combat vont droit au but et sont chorégraphiées avec une intensité brute qui donne à chaque coup de poing, à chaque tir, une impression de létalité. La prestation de Tommila dans le rôle d’Aatami est remarquable : sa détermination stoïque et sa résilience silencieuse font de lui un protagoniste fascinant, quoique énigmatique. Son jeu, très physique, rend crédible l’endurance absurde d’Aatami. Qu’il s’agisse d’échapper à des chars ou de survivre à des explosions, Tommila exprime une résolution calme et inébranlable qui ancre les aspects les plus fantastiques du film.

De son côté, Hennie s’en donne à cœur joie dans le rôle du sinistre Bruno, un nazi d’un mal presque caricatural dont le sadisme frôle l’absurde. Sa composition est un modèle de méchanceté outrancière, et ses scènes avec Tommila crépitent d’une énergie sombre. La confrontation entre Aatami et Bruno constitue l’un des grands atouts du film : leurs affrontements sont autant psychologiques que physiques, et tiennent tout autant du bras de fer entre deux volontés que d’un duel à coups d’armes.

L’humour noir est un autre point fort du film, apportant quelques respirations au milieu du carnage. Les réactions impassibles d’Aatami face à des situations toujours plus absurdes — comme écraser des nazis avec un char ou installer des pièges élaborés — insufflent une dose d’esprit qui empêche le ton de devenir trop sombre. Ces moments de légèreté sont essentiels : ils permettent au public de reprendre son souffle entre les séquences les plus intenses.

Sisu n’est toutefois pas exempt de défauts. Le rythme peut sembler inégal par moments, avec de longues plages de calme entrecoupées de brusques accès de chaos. Ce contraste fait écho à la traversée d’Aatami dans la nature sauvage, mais donne parfois au film une impression de manque de cohésion. Certains personnages secondaires — en particulier les différents soldats nazis — manquent d’épaisseur et font davantage office d’obstacles que de véritables individus. C’est une occasion manquée : mieux les développer aurait pu enrichir encore l’exploration de la résilience et de l’adversité proposée par le film.

La photographie constitue un autre point fort, avec de vastes plans du paysage finlandais qui soulignent l’isolement et le dénuement au cœur de la quête d’Aatami. Le travail sonore mérite lui aussi d’être salué : le silence et les brusques éclats de bruit y sont employés pour intensifier la tension. Ces choix techniques se conjuguent pour créer une expérience immersive et viscérale, qui entraîne le public dans l’univers d’Aatami.

Sisu tire sa force de son idée centrale et de l’interprétation convaincante de Tommila. Cette variation brutale et teintée d’humour noir sur le film d’action et de guerre ne recule pas devant la violence, mais sait aussi trouver des moments de légèreté face à l’adversité. L’exploration du « sisu » est particulièrement intéressante, car elle s’attarde sur la portée psychologique et culturelle de cette notion. À travers le parcours d’Aatami, Sisu offre un regard singulier sur la résilience et la détermination, qui continue de résonner bien après le générique de fin.

Du point de vue des genres, Sisu se situe à la frontière du film d’action et du film de guerre, avec une touche de comédie noire en prime. Cette approche hybride est à la fois sa force et sa faiblesse. D’un côté, elle permet au film de se démarquer des œuvres plus classiques de ces genres. De l’autre, elle peut parfois donner à Sisu une tonalité inégale.

Au bout du compte, Sisu séduira les amateurs d’action viscérale et d’humour noir. Ce film n’est pas à mettre devant tous les yeux : sa violence brutale et l’intensité de certaines séquences pourront se révéler éprouvantes pour une partie du public.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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