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Devil in Ohio : une idée intrigante, une réalisation décevante

Veronica Loop
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Le pentagramme inversé gravé dans le dos de Mae est une image saisissante, qui reste en mémoire bien après que le générique de début de Devil in Ohio s’est éteint. Il porte la marque de quelque chose de sinistre, la promesse d’une obscurité à venir. Pourtant, au fil des épisodes, cette intrigue initiale se dissipe comme de la fumée et laisse place à un mélange familier d’angoisse suburbaine et de clichés horrifiques liés aux sectes, qui ne parvient pas à prendre forme ni à susciter une véritable terreur ou à faire preuve d’originalité.

Créée par Daria Polatin et adaptée de son roman, Devil in Ohio est une mini-série qui suit le Dr Suzanne Mathis (Emily Deschanel), psychiatre qui recueille Mae (Madeleine Arthur), une adolescente liée à une secte vouant un culte au diable. Le point de départ est plein de promesses — imaginez The Haunting of Hill House croisé avec True Detective —, mais le résultat se révèle décevant de banalité. En huit épisodes, la série peine à maintenir la tension qu’elle installe avec tant de soin dans ses premières minutes.

Ce qui sauve Devil in Ohio de la médiocrité pure et simple, ce sont ses interprètes. Emily Deschanel, connue pour son rôle dans la série policière au long cours Bones, apporte à Suzanne une intensité très ancrée dans le réel. Elle incarne avec conviction une femme prête à tout pour protéger une inconnue, tout en mettant sa propre famille à l’abri. Son jeu est nuancé : ses expressions et son langage corporel traduisent toute une palette d’émotions, de la détermination à la peur, en passant par la culpabilité.

Madeleine Arthur, dans le rôle de Mae, est tout aussi captivante. Sous son apparente impassibilité se cachent des traumatismes et des secrets, et l’actrice navigue avec brio sur la ligne ténue qui sépare la victime de la menace potentielle. Les seconds rôles, parmi lesquels Sam Jaeger en Peter, le mari de Suzanne, et Xaria Dotson en Jules, leur fille, apportent un solide soutien. Leurs personnages manquent toutefois souvent de profondeur et semblent réduits à réagir à la présence de Mae, au lieu d’exister pleinement par eux-mêmes.

Les moments les plus forts de la série sont ceux où elle se concentre sur le lent délitement psychologique de la famille Mathis. La scène où la présence de Mae vient perturber un dîner familial est particulièrement réussie. La tension est palpable à mesure que l’influence de la secte s’insinue dans leur quotidien, tandis que la conception sonore accentue le malaise. Le silence entre les personnages pèse lourd et l’atmosphère est chargée d’effroi.

Mais Devil in Ohio trébuche souvent lorsqu’elle cède aux clichés prévisibles du film d’horreur. La secte, par exemple, n’est jamais aussi menaçante ni aussi mystérieuse qu’elle le devrait. Au lieu d’être une organisation clandestine, dotée de ses propres objectifs et de ses propres règles, elle se résume à une bande de silhouettes encapuchonnées qui débitent des discours sataniques passe-partout. La série souffre aussi de problèmes de rythme et s’égare dans des intrigues secondaires qui apportent peu au récit d’ensemble.

L’une de ces intrigues secondaires suit le détective Lopez (Gerardo Celasco), chargé d’enquêter sur l’affaire de Mae. Celasco donne une certaine gravité au rôle, mais son histoire semble plaquée sur le récit : une tentative peu convaincante d’ajouter une couche de mystère à la série. De même, les relations entre Suzanne et Peter se tendent de plus en plus au fil des épisodes, mais leurs conflits paraissent souvent artificiels, conçus pour créer du drame plutôt que nourris par une véritable évolution des personnages.

La photographie, techniquement maîtrisée, manque de style visuel affirmé. La série mise beaucoup sur une lumière tamisée et des recoins plongés dans l’ombre pour installer une atmosphère, mais ce procédé donne souvent l’impression de servir de béquille à une histoire moins prenante qu’elle ne devrait l’être. La mise en scène fait le travail, sans jamais prendre de risques ni proposer un regard neuf sur le matériau d’origine.

C’est dans son traitement des thèmes que Devil in Ohio trébuche véritablement. La série effleure des questions de famille, de protection et de pouvoir corrupteur, sans jamais les approfondir assez pour en tirer quoi que ce soit de significatif. Elle se contente de rester en surface, privilégiant les frissons faciles et les sursauts aux dépens d’une véritable exploration de ses idées centrales.

Comparée à d’autres œuvres récentes du thriller psychologique, Devil in Ohio paraît particulièrement limitée. Des séries comme The Haunting of Hill House et True Detective savent mêler suspense, étude approfondie des personnages et complexité thématique. Devil in Ohio, elle, préfère jouer la sécurité, sans jamais repousser les limites de son point de départ ni celles de ses personnages.

Cela dit, Devil in Ohio ne manque pas de qualités. Diffusée sur Netflix à partir de septembre 2022, la série se regarde sans déplaisir et offre suffisamment de mystère et de tension pour retenir l’attention. Il est simplement dommage qu’une réalisation aussi terne gâche un point de départ si prometteur. La série devrait séduire les amateurs d’horreur suburbaine et de thrillers sectaires, mais ceux qui espèrent quelque chose de véritablement glaçant ou d’original risquent d’être déçus.

Au bout du compte, Devil in Ohio est une occasion manquée. La série avait tout pour devenir un thriller psychologique captivant, mais elle se contente d’une approche prudente et convenue.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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