Cinéma

Little Dixie : un bon départ, une exécution décevante

Martin Cid
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La scène d’ouverture de Little Dixie installe d’emblée une atmosphère tendue et pesante : Doc Alexander, incarné par Frank Grillo, ancien membre des forces spéciales au visage buriné devenu homme de confiance, fait face à un représentant d’un cartel mexicain dans une pièce faiblement éclairée. La violence, encore muette, imprègne l’air tandis que la caméra s’attarde sur leurs visages et saisit ce face-à-face silencieux. Les débuts du thriller d’action de John Swab sont prometteurs, mais le film peine à maintenir cette intensité jusqu’au bout.

Connu pour ses films âpres et centrés sur les personnages, comme Run with the Hunted (2019) et Body Brokers (2021), Swab raconte ici comment Doc tente de négocier une trêve précaire entre le gouverneur de l’Oklahoma et un cartel. Le point de départ ouvre de nombreuses pistes : corruption politique, ambiguïté morale et conséquences de la violence. Mais le film finit par être dépassé par ses propres ambitions.

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Acteur chevronné, notamment connu pour ses rôles dans Warrior (2011) et The Purge: Anarchy (2014), Grillo porte le film avec conviction. Il apporte à Doc son intensité habituelle : un homme tiraillé entre deux mondes, partagé entre loyauté et devoir. Son interprétation, sobre et crédible, fait de lui un protagoniste auquel on peut s’identifier, dans un univers où les repères moraux sont pourtant brouillés. L’alchimie entre Grillo et Annabeth Gish, qui joue Billie Riggs, la cheffe de cabinet du gouverneur, donne de l’épaisseur aux manœuvres politiques au cœur du récit. Leur relation, tout en tension et en désirs inavoués, compte parmi les réussites du film.

Les seconds rôles, en revanche, manquent de relief : leurs interprétations tiennent davantage de la caricature que du personnage construit. Eric Dane, dans le rôle du gouverneur Richard Jeffs, en est l’exemple le plus frappant. Sa composition, trop simpliste, manque des nuances qui auraient rendu le personnage crédible. Il tient davantage du méchant de dessin animé que d’un responsable politique complexe, ce qui affaiblit la portée de la critique sociale que le film entend proposer.

Beau Knapp s’en sort un peu mieux dans le rôle de Raphael « Cuco » Prado, l’homme de main du cartel. Sa présence menaçante et son physique en font un adversaire de taille pour Doc, incarné par Grillo. Son personnage reste toutefois trop peu développé et se réduit à un simple ressort narratif, plutôt qu’à un véritable antagoniste.

Les scènes d’action font le travail, sans retrouver la fraîcheur qui a rendu le cinéma de Sam Peckinpah révolutionnaire. La mise en scène de Swab est maîtrisée, avec des combats bien chorégraphiés et des poursuites sous tension. Mais la violence paraît convenue : une succession de morceaux de bravoure qui ne parviennent pas à transcender le matériau. La volonté de reprendre le style de Peckinpah est manifeste, mais le film n’y arrive pas ; avec le temps, le cinéma d’action a perdu une partie de son pouvoir de sidération.

Le rythme constitue l’un des défauts les plus flagrants du film. La première moitié installe efficacement la tension, tandis que Doc navigue dans les eaux troubles de la corruption politique et des négociations avec le cartel. Mais la seconde s’enlise dans une succession de poursuites et de fusillades répétitives et prévisibles. Les dialogues tombent eux aussi souvent à plat : ils s’appuient sur l’exposition pour faire avancer l’intrigue, au lieu de révéler les personnages ou d’approfondir les thèmes.

La dimension sociale semble plaquée au récit : les thèmes LGBTQ et le contenu sexuel sont introduits sans véritable intégration. Ces éléments brisent le fil de la narration et donnent l’impression d’avoir été ajoutés après coup, plutôt que de faire partie intégrante de l’histoire. Le film aborde des sujets intéressants — corruption politique et ambiguïté morale — mais sans les développer suffisamment, les laissant à peine explorés et sous-exploités.

Malgré ses défauts, Little Dixie connaît quelques moments de grâce. La prestation de Grillo se distingue, et la mise en scène de Swab laisse entrevoir le potentiel du cinéaste. L’exploration de la corruption politique et de l’ambiguïté morale suscite la réflexion, même si elle ne va pas au bout de ses intentions. La photographie constitue un autre atout, avec des images saisissantes qui rendent la beauté austère des paysages de l’Oklahoma.

La bande originale mérite également d’être saluée : sa partition accompagne efficacement l’action à l’écran. Le recours à la musique traditionnelle mexicaine dans les scènes avec le cartel apporte une touche d’authenticité et renforce l’atmosphère du film.

Au bout du compte, Little Dixie laisse passer une belle occasion. Avec une écriture plus solide et des interprétations plus nuancées, il aurait pu s’imposer dans le paysage du thriller d’action. Le mélange de drame politique, d’action et de polar est ambitieux, mais le rythme précipité et des thèmes insuffisamment développés empêchent le film de tenir ses promesses.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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