Cinéma

Les Goonies : la chasse au trésor des marginaux, entre cœur et chaos

Les Goonies est un film réalisé par Richard Donner et produit par Steven Spielberg
Martin Cid
Ajoutez-nous sur Google

Quand Chunk (Jeff Cohen) tombe dans le congélateur des Fratelli, les yeux écarquillés et les bras battant l’air, Les Goonies trouve d’emblée sa tonalité singulière : un joyeux chaos mêlant l’émerveillement à la Spielberg et une espièglerie teintée d’humour noir. Réalisée par Richard Donner, sur un scénario de Chris Columbus d’après une histoire de Steven Spielberg, cette comédie d’aventure tire sa force de l’énergie de ses jeunes acteurs, de leur complicité communicative et de l’absurdité réjouissante de leur quête au trésor. Le film ne cherche pas seulement à divertir : il veut aussi rappeler ce que l’on ressentait quand on croyait aux rêves les plus fous.

Au fond, Les Goonies raconte l’histoire d’une bande de marginaux du quartier des « Goon Docks », à Astoria, dans l’Oregon, menacés de perdre leurs maisons, promises à la saisie. À la tête du groupe, Mikey Walsh (Sean Astin) et ses amis — Data (Ke Huy Quan), Mouth (Corey Feldman) et Chunk — découvrent une vieille carte au trésor qui pourrait les mener à la fortune du légendaire pirate One-Eyed Willy. S’ensuit une succession d’aventures toujours plus périlleuses : les enfants déjouent des pièges, prennent de vitesse des criminels et nouent des alliances inattendues, tout en s’accrochant à l’espoir de sauver leur quartier.

YouTube video

La grande force du film tient à ses interprètes. La jeune troupe déborde d’énergie, et chacun donne à son personnage une personnalité bien à lui. Mikey, incarné par Astin, est le cœur du groupe : un chef déterminé qui refuse de baisser les bras, même quand tout semble perdu. Sa sincérité et sa loyauté ancrent le récit et en font un héros auquel le public peut s’identifier. Data, joué par Quan, se distingue par sa capacité à conjuguer vulnérabilité et ingéniosité ; ses scènes avec Sloth (John Matuszak) sont particulièrement mémorables, car leur relation improbable donne au récit une vraie profondeur émotionnelle. Mouth, sous les traits de Feldman, assure une bonne part des ressorts comiques : son sarcasme fusant et son esprit vif en font un favori des fans. Et puis il y a Chunk, interprété par Cohen, dont le comique physique et la maladresse attachante en font l’un des personnages les plus marquants du film, sorti en 1985.

L’alchimie entre les jeunes acteurs saute aux yeux ; leurs échanges sonnent parfois si justes et spontanés qu’on les croirait improvisés. Cette authenticité se retrouve aussi dans leurs rapports avec les adultes, en particulier les Fratelli, interprétés par Robert Davi, Joe Pantoliano et Anne Ramsey, ainsi que Sloth, joué par John Matuszak. Les affrontements entre les enfants et ces criminels apportent au film une tension et un humour qui entretiennent l’intérêt.

La mise en scène de Donner est vive et enjouée, portée par un vrai sens du récit visuel. Des repaires des Fratelli aux tunnels truffés de pièges, les décors sont filmés avec un émerveillement qui stimule l’imagination. La séquence de la grotte, en particulier, est un temps fort : les Goonies y échappent à des pièges mortels et découvrent le navire pirate Inferno, chargé de trésors. Le rythme est globalement bien tenu, même si le film connaît un léger flottement dans sa partie centrale, où les séquences répétées de pièges et de courses-poursuites avec les Fratelli finissent par se confondre.

Sur le plan des thèmes, Les Goonies célèbre l’amitié, la persévérance et la force de la conviction. Le film sait combien la communauté compte, non seulement pour les enfants eux-mêmes, mais aussi dans leur détermination à empêcher la destruction de leur quartier. Sa tonalité nostalgique est encore renforcée par la musique de Dave Grusin, dont les thèmes pleins d’énergie accompagnent l’action.

Pour autant, Les Goonies n’est pas exempt de défauts. Le rythme s’essouffle dans la partie centrale, où les scènes répétées des enfants échappant aux pièges et aux Fratelli finissent par se ressembler. Les changements de ton peuvent aussi dérouter : le film oscille entre comédie légère et moments franchement inquiétants, comme les restes squelettiques ou la présence menaçante de Sloth. Ces éléments apportent une certaine complexité, mais ils affaiblissent parfois les passages les plus touchants.

Les Goonies tentent d’utiliser une dernière « bougie », avant de découvrir qu’il s’agit d’un bâton de dynamite, qui provoque l’effondrement de la grotte. Avec l’aide de Sloth, les Goonies et les Fratelli s’en sortent de justesse. Ce dénouement, bien que palpitant, paraît précipité et quelque peu anticlimactique après toute la montée en puissance.

Au bout du compte, Les Goonies est une aventure nostalgique qui restitue avec un enthousiasme sincère l’esprit des escapades enfantines. Le film ne cherche pas seulement à divertir : il veut aussi rappeler ce que l’on ressentait quand on croyait aux rêves les plus fous. Les jeunes acteurs livrent des interprétations à la fois attachantes et mémorables, tandis que la mise en scène de Donner insuffle au récit émerveillement et exaltation.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

Étiquettes: , , , , ,

Ajoutez-nous sur Google

Discussion

Il y a 0 commentaire.