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The Boys sur Prime Video se termine avec la satire déjà confirmée

La dernière saison demande si combattre le fascisme depuis l'intérieur de l'urgence qu'il avait annoncée reste encore le même argument
Veronica Loop

Cinq saisons de The Boys ont tout construit vers un problème spécifique qu’aucune déconstruction du genre superhéroïque n’avait encore eu à résoudre : que devient l’avertissement lorsque ce contre quoi il mettait en garde s’est déjà produit ? La série avait été conçue comme une dramatisation de conditions qui étaient en train de s’installer sans encore dominer — l’emballage médiatique de la personnalité autoritaire, la fabrication corporative de la mythologie superhéroïque comme propagande, la psychologie spécifique d’une population qui vénère le pouvoir avec assez de conviction pour confondre la cruauté avec la force. Au moment où la cinquième saison arrive, ces conditions ne sont plus des tendances. Elles sont le paysage.

Le showrunner Eric Kripke, qui a écrit la cinquième saison avant les élections présidentielles américaines de novembre 2024, l’a reconnu avec une franchise inhabituelle. Le plan était d’écrire une vision de la dérive autoritaire en Amérique suffisamment sombre pour alarmer les spectateurs et leur servir de correctif. À la place, comme il l’a lui-même décrit, ils ont pris la balle plutôt que de l’esquiver. Des intrigues qui semblaient extrêmes dans la salle d’écriture ont depuis été mises en œuvre dans la réalité. Une réplique que Homelander prononce dans le septième épisode, conçue comme la chose la plus extrême que la production pouvait imaginer, a déjà eu lieu en dehors d’elle. La plaisanterie ancienne de la série — qu’elle fonctionne comme la « salle de scénaristes de Satan », générant des idées pour le spectacle autoritaire avant que le spectacle autoritaire ne les exécute — s’est aigrie, dans la saison finale, en quelque chose de moins confortable : la possibilité que la satire politique de ce type précis, en ce moment historique précis, ait été transformée de critique en documentation.

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Ce que cela fait aux enjeux créatifs de la saison finale n’est pas de les affaiblir mais de les intensifier. La série ne demande plus simplement à son public de reconnaître les mécanismes de la culture de la célébrité autoritaire dans un registre fictionnel. Elle demande quelque chose de plus difficile : si la reconnaissance de ces mécanismes, soutenue sur cinq ans de télévision et confirmée par l’arrivée réelle des conditions dramatisées, a changé quoi que ce soit. Kripke a déclaré explicitement qu’il n’attend pas de The Boys qu’il change quoi que ce soit, et que les huit dernières années ont démontré exactement à quel point cette fonction a été limitée. La conclusion arrive chargée de cet aveu.

La France a une relation particulièrement aiguisée avec la question que The Boys porte jusqu’à son dernier épisode. La tradition critique française — de Tocqueville observant la démocratie américaine de l’extérieur jusqu’aux analyses contemporaines de la spectacularisation du pouvoir — a toujours été attentive à la manière dont les démocraties fabriquent leur propre servitude volontaire, pour reprendre la formulation que La Boétie proposait dès le seizième siècle. L’idée que les populations ne subissent pas simplement la tyrannie mais y participent activement, qu’elles investissent leur désir dans les figures qui les dominent, est une intuition que la tradition intellectuelle française a travaillée bien avant que le genre superhéroïque n’en fasse sa matière première. Homelander n’est pas simplement un Superman corrompu. C’est une figure du consentement manufacturé, et le regard que The Boys porte sur lui est, à sa manière, une contribution au débat que la pensée française mène depuis des siècles sur les conditions de la domination volontaire.

L’architecture spécifique vers laquelle la cinquième saison construit est la convergence de ses deux figures principales — Billy Butcher et Homelander — dans la même position morale. Kripke a déclaré que Butcher, ayant perdu les hallucinations de sa femme décédée Becca qui fonctionnaient comme sa conscience, s’est engagé à être ce qu’il appelle un vrai monstre pour parvenir à ses fins. L’objectif est un virus qui tuerait chaque personne dotée de superpouvoirs sur la planète. Butcher arrive à cette position par la logique accumulée de la résistance : chaque saison, l’escalade du pouvoir de Homelander a requis une escalade des méthodes utilisées pour s’y opposer, et cette escalade a produit un homme qui propose désormais de résoudre un problème politique par l’élimination biologique ciblée de toute une catégorie de personnes. Le parallèle que trace Kripke est l’affirmation centrale de la série : Butcher et Homelander occupent des extrémités différentes du même spectre — la question de savoir s’ils sont des monstres ou s’ils sont humains, posée aux deux simultanément.

Ce n’est pas un artifice narratif. C’est l’affirmation satirique la plus précise de la série. Les systèmes qui produisent des figures comme Homelander ne génèrent pas uniquement l’autoritaire. Ils génèrent les conditions dans lesquelles combattre l’autoritaire transforme les combattants en versions de ce qu’ils combattaient. La question que Hughie — le registre moral de Jack Quaid pendant toute la série — porte dans les épisodes finaux n’est pas de savoir si Butcher est justifié. C’est de savoir si un mouvement qui produit un homme prêt à commettre un génocide au nom de la libération a déjà perdu l’argument qu’il défendait, indépendamment de savoir s’il gagne la bataille.

La décision de la production d’approfondir l’architecture père-fils dans cette saison finale — Jensen Ackles revenant en tant que Soldier Boy dans un rôle régulier, Kripke soulignant que la relation inexplorée entre Soldier Boy et Homelander est le matériau central — est l’engagement de la série envers le mécanisme spécifique de la transmission intergénérationnelle de l’autoritarisme. Soldier Boy représente le pouvoir de l’ancienne garde, soutenu par la complicité institutionnelle et la présomption que la génération suivante hériterait de la discipline en même temps que du privilège. Homelander est le résultat de l’échec de cette présomption : le privilège transmis sans la discipline, la capacité à la violence sans le frein institutionnel qui la contenait auparavant, aussi insuffisamment que ce fût.

Antony Starr a passé cinq saisons à construire Homelander avec le registre spécifique du besoin : un homme qui confond l’adoration avec l’amour, qui confond l’obéissance avec l’affection, dont la cruauté est toujours traversée par un désespoir de validation qui le rend plus dangereux, pas moins. L’ajout de Daveed Diggs dans le rôle d’Oh-Father, un supe profondément religieux allié à Homelander, étend l’architecture dans le territoire documenté : la convergence de l’autorité politique évangélique et du populisme autoritaire, la manière dont le pouvoir suprême se légitime par la revendication d’une sanction divine. Diggs, dont la notoriété culturelle a émergé avec Hamilton — une œuvre qui utilisait le vernaculaire du hip-hop pour interroger la mythologie fondatrice américaine et les populations que ces idéaux fondateurs avaient exclues — apporte une intelligence interprétative spécifiquement orientée vers les mécanismes de l’idéologie.

La tradition comparative avec laquelle The Boys a toujours été en dialogue — le Watchmen de Damon Lindelof sur HBO, qui a établi que la déconstruction superhéroïque ambitieuse peut atteindre la spécificité historique plutôt que l’allégorie — fixe un standard que la saison finale doit affronter. Watchmen a choisi de ne pas offrir de résolution parce que la résolution aurait falsifié la critique. The Boys n’a pas cette option. Cinq saisons d’investissement dans les relations humaines entre ses personnages sans pouvoirs créent une obligation envers la résolution que Watchmen, en tant que saison unique, pouvait refuser. Si la résolution proposée est suffisante pour clore un argument d’une telle ampleur, dans un moment politique aussi vivant, est la question à laquelle la conclusion doit répondre là où Watchmen n’a jamais eu à le faire.

La condition culturelle plus large que la série a été créée pour documenter est celle identifiée par sa propre prémisse : que la mythologie du superhéros est la mythologie dominante du vingt et unième siècle précisément parce qu’elle accomplit la même fonction idéologique que la monarchie de droit divin en Europe médiévale, naturalisant l’idée que certaines personnes sont simplement au-dessus de toute obligation de rendre des comptes. L’intervention spécifique que The Boys a opérée pendant cinq saisons est la démonstration que cette confiance possède une vulnérabilité structurelle : elle n’a jamais été conçue pour survivre au contact d’un Homelander. La question de savoir si le démantèlement de la mythologie laisse un vide que le prochain Homelander remplira aussi facilement que le dernier est la question vers laquelle la série tendait sans pouvoir y répondre sans falsifier la critique ou abandonner le public.

The Boys Season 5 - Prime Video
Valorie Curry (Firecracker), Colby Minifie (Ashley Barrett)

La cinquième et dernière saison de The Boys est diffusée sur Prime Video à partir du 8 avril 2026, avec deux épisodes, suivis de sorties hebdomadaires jusqu’au final de la série le 20 mai. La saison a été produite par Sony Pictures Television et Amazon MGM Studios sous la direction du showrunner Eric Kripke, avec le retour de l’ensemble du casting principal et de nouvelles additions incluant Daveed Diggs, Jensen Ackles dans un rôle régulier, et les anciens de Supernatural Jared Padalecki et Misha Collins dans des rôles secondaires. Le tournage s’est déroulé de novembre 2024 à juillet 2025. Une série préquelle, Vought Rising, située dans les années cinquante, est en développement comme continuation de la franchise.

La question que la cinquième saison ne peut pas clore — celle que la bataille finale éclairera sous de multiples angles sans la résoudre — est de savoir s’il est possible de combattre un système construit sur la fabrication de l’adoration sans devenir, dans l’acte même de le combattre, quelque chose que les autres adoreront ou craindront à leur tour. Guy Debord, écrivant dans La société du spectacle en 1967, posait déjà que dans les sociétés où règnent les conditions modernes de production, toute la vie se présente comme une immense accumulation de spectacles. The Boys a passé cinq saisons à démontrer que le spectacle superhéroïque n’est pas une distraction de la politique mais sa forme la plus accomplie — que le cape est le spectacle, et que le spectacle est la domination rendue désirable. La saison finale arrive au moment où cette thèse a cessé d’être une proposition critique pour devenir une description. La cape a toujours été une métaphore. La métaphore, comme toujours, demeure sans résolution.

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