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XO, Kitty saison 3 sur Netflix : la romance au ralenti touche à sa fin, et Lana Condor est revenue pour en être témoin

Trois saisons, deux cliffhangers, et une question que le public français ne cessera pas de débattre : le bon choix a-t-il vraiment été fait ?
Molly Se-kyung

Il existe dans XO, Kitty une forme de connaissance très précise : celle de quelqu’un qui a étudié l’amour avec une telle obsession, si longtemps, au profit de tant d’autres, qu’elle a entièrement perdu la capacité de se l’appliquer à elle-même. Kitty Song Covey orchestre les histoires des autres depuis avant même son arrivée au Korean Independent School of Seoul. Elle connaît l’architecture du sentiment amoureux — le regard, la proximité, le poids accumulé des petits moments — mieux que la plupart des adultes. Et pendant trois saisons, dans deux pays, avec un nombre croissant de personnes qui ont éprouvé quelque chose pour elle, elle s’est révélée structurellement incapable d’appliquer ce savoir là où il compte. La troisième saison est censée y mettre fin. Ou tenter de le faire.

Ce qui distingue la série dans le paysage du teen romance en streaming tient à une qualité que le public français reconnaît sans avoir besoin qu’on la lui explique : l’intelligence émotionnelle n’est pas la même chose que la maturité affective. Kitty est brillante, perspicace, douée pour voir dans les autres ce qu’ils refusent de voir en eux-mêmes — et précisément pour cela, incapable de se regarder elle-même avec la même clarté. Ce décalage, qui pourrait n’être qu’un ressort comique, est traité par la série avec une honnêteté suffisante pour le rendre intéressant. La protagoniste de Never Have I Ever, Devi Vishwakumar, occupe un territoire émotionnel comparable, et les deux séries partagent cette conviction que l’intelligence d’une jeune femme et son aveuglement sur elle-même ne s’excluent pas — ils se nourrissent l’un l’autre.

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Anna Cathcart a construit Kitty sur trois saisons comme une des protagonistes les mieux réalisées du genre. Elle n’est pas Lara Jean — la grande sœur, protagoniste des films originaux To All the Boys. Elle est plus bruyante, plus impulsive, moins élégante dans ses erreurs. Ces qualités ont alimenté la comédie tout en rendant la romance avec Min Ho crédible : Kitty n’est pas le genre de personnage qui admet un sentiment avant de l’avoir trébuché dessus plusieurs fois et d’avoir cassé quelque chose.

Sang Heon Lee interprète Min Ho avec une précision qui a progressivement transformé le personnage d’antagoniste en centre émotionnel de la série. La structure de leur romance est celle que le kdrama coréen maîtrise mieux que n’importe quel autre format télévisuel : l’obstacle n’est pas externe mais interne, les positions s’inversent au moment précis où elles ne devraient pas, et chaque rapprochement est suivi d’un recul que le spectateur comprend intellectuellement et refuse affectivement. À la fin de la deuxième saison, Kitty était enfin prête à avouer ; Min Ho venait de jurer de ne plus jamais s’attacher. Elle lui a demandé de l’emmener dans la tournée estivale de son frère plutôt que de dire ce qu’elle ressentait vraiment. La troisième saison la retrouve avec cette phrase encore à moitié formulée.

La nouvelle showrunneuse Valentina Garza — qui a écrit le final de la deuxième saison et a été promue pour diriger la série dans son année finale — a décrit la saison comme un face-à-face avec l’entrée dans l’âge adulte. Tous les personnages de KISS sont à ce seuil : presque grands, pas encore libres, chaque décision portant le poids de ce qu’elle pourrait devenir définitive. Ce cadre est le bon pour ce matériau. La romance entre Kitty et Min Ho a toujours été enchâssée dans une question plus large sur l’identité : que signifie choisir quelqu’un quand on est, pour la première fois, en train de choisir qui on va être ?

Ce que la troisième saison possède et que les précédentes n’avaient pas, c’est Lana Condor. Son retour en Lara Jean Song Covey — la grande sœur de Kitty et la protagoniste de la franchise qui a créé tout cet univers — n’est pas un clin d’œil au fandom déguisé en narration. C’est de la narration. Condor a incarné Lara Jean pour la dernière fois en 2021, dans le troisième film de la saga, et sa réapparition dans le spin-off porte le poids émotionnel de tout ce que ce personnage a représenté : la première protagoniste romantique d’origine asiatique à avoir occupé le centre d’un film grand public Netflix, en 2018, à un moment où cette absence était visible et ressentie. Sept ans plus tard, elle arrive à Séoul pour conseiller sa petite sœur sur un amour que Kitty ne sait pas formuler même pour elle-même. La réplique du trailer officiel — Lara Jean débarquant à Séoul, trouvant une Kitty défaite, lui proposant d’écouter tout « après ta douche » — confirme que Condor n’est pas là pour être honorée. Elle est là pour travailler.

La comparaison qui éclaire le mieux la place de XO, Kitty dans le genre est celle avec Heartstopper, la série britannique qui occupe le même registre émotionnel de romance adolescente chaleureuse. Heartstopper a démontré sur trois saisons que l’intégration réelle de l’identité queer — en faire quelque chose de structurel et non d’épisodique, de conséquentiel et non de décoratif — est ce qui sépare les grandes séries du genre de celles qui se contentent d’être agréables. XO, Kitty a emprunté ce chemin dans ses deux premières saisons à travers les sentiments de Kitty pour Yuri Han, interprétée par Gia Kim avec une intelligence que le matériau méritait pleinement. L’arc Kittyuri n’était pas un fil secondaire. Il était, pendant des pans entiers des saisons 1 et 2, le moteur émotionnel central de l’histoire de Kitty — une jeune femme découvrant que sa compréhension de son propre désir était incomplète. Ce que la troisième saison fera de cet arc déterminera si la série a honoré son ambition ou s’est contentée de l’annoncer.

Le public français a une relation bien documentée avec les formules romantiques américaines — la rencontre fortuite, le grand geste, la rupture prévisible au troisième acte — qui consiste à les reconnaître, à les trouver légèrement excessives, et à les regarder quand même jusqu’au bout si la chimie est réelle. XO, Kitty possède cette chimie. Elle la possède dans le duo Cathcart-Lee, dans la texture de la relation entre Kitty et Yuri, dans l’ensemble de l’équipe de KISS. Ce que la série fait différemment des romances adolescentes américaines standard, c’est précisément ce qui lui permet de traverser cette résistance culturelle : elle emprunte ses conventions narratives au kdrama, qui valorise la retenue et le décalage émotionnel plutôt que la déclaration frontale. Cela donne à la série une forme de sérieux sentimental que le teen romance occidental n’atteint pas toujours.

Le contexte de plateforme n’est pas anecdotique. Le contenu coréen est aujourd’hui la deuxième catégorie non anglophone la plus consommée sur Netflix à l’échelle mondiale, et plus de 80 pour cent des abonnés Netflix dans le monde ont regardé du contenu coréen. XO, Kitty occupe depuis son lancement en 2023 un espace qu’aucune autre série anglophone n’occupe : pleinement intégrée dans la géographie culturelle de Séoul, genuinement engagée dans les conventions structurelles du kdrama, mais s’adressant à un public qui est arrivé via les lettres d’amour de Lara Jean et est resté pour le chaos de Kitty. La deuxième saison a figuré dans le Top 10 de 89 pays lors de sa première semaine.

La troisième saison de XO, Kitty est disponible sur Netflix à partir du 2 avril 2026, les huit épisodes accessibles simultanément. Produite par Awesomeness Studios et ACE Entertainment, tournée à Séoul et à Busan, c’est la saison finale telle que la série a été conçue : une dernière année scolaire construite pour résoudre trois saisons d’architecture émotionnelle accumulée. Valentina Garza, dont les empreintes sont sur les décisions narratives qui ont fait fonctionner la lenteur de cette romance, la mène jusqu’au bout.

XO, Kitty
XO, Kitty. Sang Heon Lee as Min Ho Moon in episode 302 of XO, Kitty. Cr. Youngsol Park/Netflix © 2026

Pour le public qui suit cette histoire depuis 2023, depuis 2018, depuis qu’il a lu le premier roman de Jenny Han et reconnu quelque chose de lui-même dans les lettres manuscrites de Lara Jean, la troisième saison offre une expérience émotionnelle difficilement remplaçable : la fermeture d’un cercle. Deux sœurs Covey, deux générations de la même franchise, dans le même pays qu’aimait leur mère, au moment où la plus jeune comprend enfin ce qu’elle veut.

Le débat que le fandom aura à minuit le 2 avril — si Kittyuri méritait une conclusion différente, si le dénouement avec Min Ho était inévitable depuis le début ou construit au détriment d’une autre histoire, si une série qui a pris au sérieux pendant deux saisons le désir bisexuel de sa protagoniste l’a réellement honoré dans sa conclusion — n’est pas le signe que la série a échoué. C’est le signe qu’elle a fait ressentir quelque chose d’assez précis pour valoir la peine d’être défendu.

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