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Les Lionnes : Cinq femmes braquent une banque déguisées en hommes dans la nouvelle satire de casse sur Netflix

Jonathan Cohen et Rebecca Marder mènent un braquage sous identité masculine dans cette satire sociale percutante, attendue le 5 février sur Netflix.
Penelope H. Fritz

Portée par Jonathan Cohen et Rebecca Marder, cette comédie noire française suit cinq amies acculées qui adoptent des identités masculines pour mener un braquage désespéré dans le sud de la France. En mélangeant action à enjeux élevés et commentaire social sur la lutte quotidienne pour la survie, la série utilise un travestissement radical pour explorer comment des femmes invisibles forcent un système corrompu à prêter attention.

Le paysage mondial du streaming s’apprête à accueillir Les Lionnes, une production qui marque une évolution significative de la stratégie de contenu européen de Netflix. Positionnée comme une sortie « pilier » pour la saison hivernale, la série sera lancée exclusivement sur la plateforme, rejoignant un catalogue robuste de programmes internationaux destinés à capturer un public mondial diversifié. La série émerge à un moment où la télévision française connaît une renaissance sans précédent sur la scène mondiale. Dans le sillage de succès transnationaux comme Lupin et Dix pour cent, Les Lionnes semble conçue pour exploiter l’alchimie spécifique de la comédie « French Touch » — caractérisée par son irrévérence et son observation sociale — associée à l’attrait universel du thriller de braquage. La stratégie de sortie est agressive : l’intégralité des épisodes sera disponible un jeudi, un créneau stratégique pour favoriser le visionnage boulimique (binge-watching) durant le week-end sur les marchés américain et européen. Le positionnement de la série est limpide : elle est lancée aux côtés de poids lourds tels que The Lincoln Lawyer et le thriller allemand Unfamiliar, suggérant que Netflix ne considère pas Les Lionnes comme une offre étrangère de niche, mais comme un pilier central de sa nouvelle programmation. Cette approche « glocale » — des récits locaux avec une mécanique de distribution mondiale — place la série sous un examen minutieux en tant qu’indicateur de la viabilité des comédies dramatiques européennes à gros budget.

Au cœur de son récit, Les Lionnes est une histoire de survie économique. La série se déroule dans les paysages ensoleillés mais socialement fracturés du sud de la France — plus précisément dans les quartiers populaires de Marseille et de Salon-de-Provence — offrant un contraste frappant entre le glamour touristique de la région et la réalité brute de ses habitants. Le mécanisme de l’intrigue est déclenché par ce que les sociologues français et le matériel promotionnel de la série nomment « la galère » : la lutte quotidienne aux marges économiques de la société. Cinq amies, poussées au bord de la ruine financière, décident de prendre des mesures radicales. Leur plan est aussi audacieux que risqué : elles forment un gang, se procurent des armes et braquent une banque. Cependant, la série introduit un rebondissement critique : pour contourner les attentes liées au genre en matière de violence et de criminalité, les femmes exécutent le vol déguisées en hommes. Ce dispositif narratif crée une tension immédiate liée au déguisement physique, offre une source de quiproquos comiques et apporte une réflexion sur l’identité et la menace en société. Le butin visé est particulièrement modeste : 36 280 euros. Loin des millions de dollars d’Ocean’s Eleven, cette somme est vitale pour les protagonistes, mais s’avère tragiquement insuffisante pour les protéger des conséquences. Le vol n’est qu’un déclencheur, entraînant une spirale d’événements impliquant politiciens locaux, forces de l’ordre et syndicats du crime.

La vision créative des Lionnes découle de la collaboration entre Olivier Rosemberg et Carine Prevot. Leur partenariat représente une continuité de talent au sein de l’écosystème Netflix France, Rosemberg ayant déjà collaboré sur Family Business, série qui mêlait habilement codes du polar et humour familial. Son style directorial se caractérise par un équilibre entre énergie chaotique et humour de situation, suggérant que Les Lionnes évitera le ton austère du « Nordic Noir » au profit d’une narration vibrante et rythmée. L’influence de Carine Prevot, accompagnée de la scénariste Mahaut Mollaret, assure un regard approfondi sur les perspectives féminines des cinq protagonistes. Le récit est décrit comme « multicouche », mélangeant noir, satire sociale et portrait de femmes face à la précarité. Produite par Les Films entre 2 et 4, avec une équipe comprenant Vincent Lefeuvre, Benjamin Bellecour et Jonathan Cohen, la série bénéficie d’une autonomie créative notable. La photographie, confiée à Vincent Gallot et Alexandre Jamin, capture l’esthétique du « Sunshine Noir » : une lumière aveuglante et des couleurs saturées qui contrastent avec la noirceur des actions entreprises.

Le casting des Lionnes est un exercice de contraste délibéré, mêlant prestige théâtral et vedettes de la comédie. Le quintet central est porté par Rebecca Marder, ancienne pensionnaire de la Comédie-Française, dont la formation classique apporte une profondeur dramatique essentielle. Elle est entourée de Zoé Marchal (Tapie), qui insuffle une énergie ancrée dans le réalisme social, et de Naidra Ayadi (Polisse), actrice césarisée connue pour son authenticité brute. Pascale Arbillot incarne la touche de comédie bourgeoise en plein déraillement, tandis que Tya Deslauriers représente la jeunesse confrontée à la stagnation économique. Du côté des seconds rôles, Jonathan Cohen, véritable icône de la comédie française actuelle, adopte un rôle plus effacé mais stratégique, apportant son génie de l’absurde. Il est rejoint par le Belge François Damiens, maître de l’humour malaisant, et Sami Outalbali (Sex Education), dont la présence vise à séduire le public jeune et international de la plateforme.

Les Lionnes s’inscrit dans une lignée de récits de crimes motivés par le désespoir économique, rappelant des œuvres comme Hell or High Water ou Good Girls. Le dispositif du travestissement n’est pas qu’un simple artifice tactique ; il souligne que pour être prises au sérieux comme une menace — ou pour accéder à l’argent du crime — ces femmes doivent littéralement adopter les codes de la masculinité. Cette thématique de la solidarité féminine comme mécanisme de survie résonne particulièrement avec le climat socio-économique actuel marqué par l’inflation. En situant l’action dans le « Sud », entre opulence de la Riviera et pauvreté des cités, la série utilise la géographie sociale comme un personnage à part entière.

Avec un format de 8 épisodes de 52 minutes, la série promet d’être un cocktail détonnant de rires et de tension. Les Lionnes n’est pas seulement un divertissement de genre ; c’est une expérience sur la représentation de la classe ouvrière féminine qui refuse d’être écrasée par son destin. Le braquage commence le 5 février 2026, et il s’annonce déjà comme l’un des exports français les plus marquants de l’année.

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