Art

Matisse. Cahiers d’art. Musée de l’Orangerie

Lisbeth Thalberg

Lorsque Henri Matisse (1869-1954) reçoit la commande d’une décoration pour la fondation du collectionneur Albert C. Barnes, il revient d’un voyage de plusieurs mois aux États-Unis et à Tahiti. Les rétrospectives de son oeuvre se multiplient alors qu’il peine à peindre des toiles. Il travaille cependant sans relâche à la production de dessins, de gravures et de sculptures puis à la composition de La Danse, œuvre murale monumentale à laquelle il consacre trois années (1930-1933). Le peintre cherche, explore et invente de nouvelles méthodes comme celle des papiers découpés. Sa rencontre avec Lydia Delectorskaya, qui devient son assistante et son modèle, ouvre alors une nouvelle période prolifique en peinture.                                                              

Au tournant des années 1930, Cahiers d’art publie des articles sur le travail en cours et passé de Matisse, illustrés de nombreuses reproductions de ses oeuvres. En diffusant gravures et dessins au fur et à mesure de leur réalisation, aux côtés des productions d’artistes tels Pablo Picasso, Fernand Léger, Vassily Kandinsky, la revue place le travail de Matisse dans les courants artistiques de son temps.

1926

Matisse travaille et vit à Nice où il se consacre à la série des Odalisques, peintures de nus féminins dans un décor oriental, d’après le modèle Henriette Darricarrère. En avril, il accepte de contribuer à la revue créée par Christian Zervos, Cahiers d’art, dont le numéro inaugural reproduit une de ses lithographies, marquant le début d’une collaboration suivie. En octobre, Paul Guillaume expose trois oeuvres de la période radicale de Matisse des années 1910 inspirée du cubisme, dont les Baigneuses à la rivière (1909-1917).

1927

Une importante rétrospective est organisée à New York par Pierre Matisse, fils de l’artiste et marchand d’art. En France, plusieurs expositions personnelles et collectives ont lieu à Paris, à la galerie Bernheim-Jeune, au Salon des Indépendants, au Salon des Tuileries. Au Salon d’Automne, Matisse présente deux peintures, dont l’Odalisque à la culotte grise. Il achève Femme à la voilette, commencée en 1926, dernier tableau réalisé d’après le modèle Henriette Darricarrère. L’oeuvre résonne comme un double adieu – à une femme et à un style pictural –, et annonce la période de doute des années 1930.

1929

Henri Matisse, Le Chant, 1938, huile sur toile, 282 × 183 cm The Lewis Collection

Matisse écrit à sa fille Marguerite : « Je travaille beaucoup, mais loin de la peinture. Je me suis installé plusieurs fois pour en faire, mais devant la toile je n’ai aucune idée – tandis qu’en dessin et en sculpture ça marche à souhait ».Il réalise de très nombreuses gravures. Dix-neuf d’entre elles sont reproduites dans le numéro 7 de Cahiers d’art, et la galerie Bernheim-Jeune organise l’exposition « Quarante lithographies originales de Matisse ». Cette même année, il termine la sculpture du Grand nu assis sur laquelle il travaille depuis 1922.

1930

Le 26 février 1930, Matisse embarque au Havre pour Tahiti. Première étape, New York : « je suis émerveillé à l’arrivée dans le port de N.Y. et tout ce que j’ai vu jusqu’ici, la puissance de l’effort humain que j’y sens est réconfortant. Maintenant j’ai peur de trouver fades les douceurs de l’Océanie ». Il traverse les États-Unis en train pour rejoindre San Francisco, qu’il quitte le 19 mars pour Tahiti où il séjourne jusqu’en juin. Il réalise peu de choses au cours de ce voyage : une pochade, une série de dessins et des photographies. En septembre, il se rend à nouveau aux États-Unis et rencontre le collectionneur Albert C. Barnes qui lui passe commande d’une décoration murale pour sa fondation à Merion, près de Philadelphie.

1933

En janvier, Barnes se déplace à Nice pour voir La Danse dans l’atelier et approuve l’oeuvre. En février, Goyo, peintre en bâtiment, vient aider l’artiste à transposer les papiers découpés en aplats de couleurs. En mai, Matisse se rend aux États-Unis avec La Danse pour l’installer à la Fondation Barnes. Il écrit à son ami l’artiste Simon Bussy : « C’est une splendeur dont on ne peut avoir idée sans l’avoir vue ». À l’automne, Matisse reprend la première décoration inachevée afin de la terminer. Il se remet à la peinture de chevalet, peint le Nu au peignoir et réalise un premier portrait de Lydia à l’estompe.

Henri Matisse, Grand nu couché (Nu rose), 1935, huile sur toile, 66,4 × 93,3 cm Baltimore Museum of Art

1935

Lydia pose pour de nombreuses toiles dont elle est le modèle. Elle commence également à consigner les dates des séances de peinture, permettant de suivre au plus près le travail en cours.
Le 29 avril, Matisse entame le Grand nu couché (Nu rose), en recourant à la technique de papiers
gouachés découpés pour travailler la composition. Le tableau l’occupe plusieurs mois et, le 16 septembre, il écrit à son fils Pierre : « il a déjà beaucoup changé. Je me tue sur lui. C’est curieux que depuis déjà quelque temps c’est la vision colorée qui me donne le plus de peine à réaliser. Est-ce qu’à force d’avoir travaillé le dessin et la composition je me suis un peu séché de ce côté ». À l’automne, paraît une version illustrée d’Ulysse, du romancier irlandais James Joyce, dont Matisse réalise les gravures depuis 1934.

Musée de l’Orangerie

Jardin des Tuileries, 75001 Paris, France

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Matisse. Cahiers d’art. Musée de l’Orangerie

Lisbeth Thalberg

When Henri Matisse (1869-1954) was commissioned to decorate the foundation of the collector Albert C. Barnes, he had just returned from several months of travel in the United States and Tahiti. Retrospectives of his work multiplied while he struggled to paint canvases. However, he worked tirelessly on the production of drawings, engravings and sculptures, and then on the composition of The Dance, a monumental mural work to which he devoted three years (1930-1933). The painter researched, explored and invented new methods such as paper cut-outs. His meeting with Lydia Delectorskaya, who became his assistant and model, opened a new prolific period in painting.                                                              

At the turn of the 1930s, Cahiers d’art published articles on Matisse’s current and previous work, illustrated with numerous reproductions of his artworks. By publishing engravings and drawings as they were produced, alongside the work of artists such as Pablo Picasso, Fernand Léger and Vassily Kandinsky, the magazine placed Matisse’s work in the artistic trends of his time.

1926

Matisse worked and lived in Nice where he devoted himself to the Odalisques series, paintings of female nudes in an oriental setting, after the model Henriette Darricarrère. In April, he agreed to contribute to the magazine created by Christian Zervos, Cahiers d’art, whose inaugural issue reproduced one of his lithographs, marking the beginning of an ongoing collaboration. In October, Paul Guillaume exhibited three works from Matisse’s radical 1910s period inspired by Cubism, including Bathers at the River (1909-1917).

1927

An important retrospective was organized in New York by Pierre Matisse, son of the artist and art dealer. In France, several solo and group exhibitions took place in Paris, at the Bernheim-Jeune Gallery, at the Salon des Indépendants and at the Salon des Tuileries. At the Salon d’Automne, Matisse presented two paintings, including Odalisque à la culotte grise. He completed Femme à la voilette, begun in 1926, the last painting made after the model Henriette Darricarrère. The work resounds like a double farewell – to a woman and to a pictorial style – and announces the period of doubt of the 1930s.

1929

Henri Matisse, Le Chant, 1938, huile sur toile, 282 × 183 cm The Lewis Collection

Matisse writes to his daughter Marguerite: « I work a lot, but far from painting. I have set myself up several times to do something, but in front of the canvas I have no ideas – whereas in drawing and sculpture it works like a charm ». He made a great many engravings. Nineteen of them are reproduced in the issue No. 7 of Cahiers d’art, and the Bernheim-Jeune gallery organizes the exhibition « Forty original lithographs by Matisse ». That same year, he completes the sculpture Grand nu assis on which he has been working since 1922.

1930

On February 26, 1930, Matisse embarked from Le Havre to Tahiti. First stop, New York: « I am amazed at the arrival in the port of New York and all that I have seen so far, the power of human effort that I feel there is comforting. Now I’m afraid I’ll find the sweets of Oceania dull. He crossed the United States by train to reach San Francisco, which he left on March 19th to Tahiti, where he stayed until June. He produced few works during this trip: a pochade, a series of drawings and photographs. In September, he returned to the United States and met the collector Albert C. Barnes, who commissioned him to paint a mural for his foundation in Merion, near Philadelphia.

1933

In January, Barnes travels to Nice to see The Dance in the Studio and approves of the work. In February, Goyo, a house painter, came to help the artist transpose the paper cut-outs into solid colors. In May, Matisse traveled to the United States with The Dance to install it at the Barnes Foundation. He wrote to his friend, the artist Simon Bussy, « It is a splendor that one cannot imagine without having seen it. In the fall, Matisse took over the first unfinished decoration in order to finish it. He returned to easel painting, painted the Nude with a Bathrobe and painted his first portrait of Lydia with a blurring technique.

Henri Matisse, Grand nu couché (Nu rose), 1935, huile sur toile, 66,4 × 93,3 cm Baltimore Museum of Art

1935

Lydia poses for many paintings for which she is the model. She also begins to record the dates of her painting sessions, making it possible to follow the work in progress more closely.

On April 29, Matisse begins the Large Reclining Nude (Nu rose), using the cut-out gouache paper technique to work on the composition. The painting kept him busy for several months and on September 16, he wrote to his son Pierre: « It has already changed a lot. I am killing myself on it. It is curious that for some time now it is the colored vision that gives me the most trouble to realize. Is it that after having worked on the drawing and the composition I have dried up a bit on this side? In the fall, an illustrated version of Ulysses, by the Irish novelist James Joyce, was published.

Musée de l’Orangerie

Jardin des Tuileries, 75001 Paris, France

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