Art

La Tate Britain réexamine les héritages parallèles de Turner et Constable

Les deux géants de la peinture britannique, une rivalité créative
Lisbeth Thalberg

La Tate Britain s’apprête à présenter la première grande exposition consacrée à l’exploration des biographies entrelacées et des trajectoires professionnelles des deux paysagistes britanniques les plus vénérés : JMW Turner et John Constable. Marquant le 250e anniversaire de leur naissance, cette rétrospective, intitulée Turner and Constable: Rivals and Originals (Turner et Constable : Rivaux et Originaux), retrace le développement de leurs carrières en parallèle. L’exposition postule que l’environnement critique du XIXe siècle, qui a fréquemment opposé les deux artistes, les a poussés vers des visions radicales et originales remettant en question les conventions artistiques de leur époque.

Origines divergentes

Le parcours de l’exposition débute par la mise en contraste des origines disparates des artistes, lesquelles ont fondamentalement façonné leurs approches distinctes du médium. Nés à seulement un an d’intervalle, leurs vies ont pris très tôt des directions opposées. JMW Turner, né dans la métropole dense de Londres, s’est révélé être un prodige au sens commercial aiguisé, exposant pour la première fois à la Royal Academy en 1790, à l’âge de 15 ans seulement. À 18 ans, il avait déjà produit des peintures à l’huile ambitieuses, telles que l’œuvre récemment redécouverte The Rising Squall, Hot Wells, from St. Vincent’s Rock, Bristol.

En contraste marqué, John Constable est né au sein d’une famille prospère dans le village d’East Bergholt, dans le Suffolk. Largement autodidacte, il fit preuve d’un engagement féroce pour le perfectionnement des techniques artistiques et n’exposa à la Royal Academy qu’en 1802. Plutôt que de poursuivre une gloire immédiate, Constable entreprit des voyages d’études pour créer ses premières aquarelles, optant pour une maturation plus lente et méthodique de son art. Malgré ces différences, l’exposition suggère que les deux hommes étaient unis par une ambition commune : élever le genre du paysage au milieu de sa popularité croissante.

Méthodologies et maîtrise de la lumière

L’exposition analyse comment les deux artistes ont établi des identités distinctes au sein d’un marché de l’art compétitif grâce à des méthodologies divergentes. Constable a bâti sa réputation sur des représentations du paysage du Suffolk — plus précisément la vallée de Dedham et la rivière Stour — peignant souvent à l’huile sur le motif. Sa section comprend des artefacts tels que sa boîte de peinture et sa chaise de dessin, permettant aux visiteurs de suivre l’évolution de son dessin et son traitement radical de la peinture, destiné à ajouter un « scintillement » (sparkle) caractéristique à la toile. Il convient de noter qu’un ensemble d’études de nuages de Constable a été réuni pour illustrer sa conviction que le ciel constituait la source principale de l’impact émotionnel d’une peinture, une philosophie qui sous-tend les ciels puissants de ses toiles monumentales.

À l’inverse, la pratique de Turner se caractérisait par de vastes voyages à travers la Grande-Bretagne et l’Europe, durant lesquels il remplissait ses carnets de croquis d’études rapides au crayon. Ces excursions lui fournirent l’inspiration pour des sujets sublimes, tels que Le Passage du Saint-Gothard (1804), et facilitèrent des opportunités commerciales pour la réalisation de gravures basées sur ses aquarelles. L’exposition explore la manière dont Turner a développé des applications picturales originales, se concentrant sur la représentation de la lumière et la puissance brute de la nature.

Le feu et l’eau

Un élément central de l’étude réside dans l’examen de la rivalité — tant réelle que construite — entre les deux peintres. Dès les années 1830, les critiques les présentaient fréquemment comme des adversaires en raison des différences marquées dans leurs œuvres. La narration met en lumière l’exposition de la Royal Academy de 1831, où Constable, siégeant alors au comité d’accrochage, joua de cette dynamique en plaçant son œuvre aux côtés de celle de Turner.

La juxtaposition du Palais et pont de Caligula de Turner et de La Cathédrale de Salisbury vue des prés de Constable incita les critiques contemporains à comparer les œuvres au « feu et à l’eau ». Cette polémique opposait la chaleur inondée de soleil de la scène mythique de Turner à l’atmosphère humide du paysage britannique de Constable. L’installation actuelle confronte ces styles distinctifs pour démontrer comment, malgré leurs polarités stylistiques, les deux artistes ont réussi à établir le paysage comme un genre d’importance majeure et de grande envergure.

Raretés et œuvres tardives

L’exposition présente plus de 190 peintures et œuvres sur papier. Parmi les inclusions notables figure L’Incendie de la Chambre des Lords et des Communes (1835) de Turner, prêté par le Cleveland Museum of Art et inédit en Grande-Bretagne depuis plus de 60 ans. Le Cheval Blanc (1819) de Constable, qui n’avait pas été exposé à Londres depuis deux décennies, est également présenté. Les œuvres tardives occupent une place prépondérante, notamment Hampstead Heath with a Rainbow (1836) de Constable, qui entrelace mémoire personnelle et historique, et L’Italie ancienne – Ovide banni de Rome de Turner, non montrée à Londres depuis plus de 50 ans.

Le parcours s’achève sur un nouveau film mettant en scène des artistes contemporains tels que Frank Bowling, Bridget Riley, George Shaw et Emma Stibbon, qui réfléchissent à l’héritage durable des visions concurrentes de Turner et Constable.

Informations pratiques

Turner and Constable: Rivals and Originals sera ouverte au public du 27 novembre 2025 au 12 avril 2026.

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